Le Maroc et l’Algérie se réconcilient aux dépens des islamistes

Les exactions d’un groupe du GIA à cheval entre la frontière marocaine et algérienne, ont abouti à une action, sinon concertée, du moins simultanée des forces de sécurité des deux pays. Ce revirement dans la gestion du terrorisme islamiste – qui empoisonnait les relations entre les deux puissances du Maghreb – augure d’une prochaine réouverture des frontières terrestres, fermées depuis six ans.

Etrange paradoxe. Le terrorisme islamiste qui avait été la cause du bouclage des frontières terrestres en 1994 entre le Maroc et l’Algérie est aujourd’hui évoqué par Rabat et Alger pour lever les barrières qui d’Oujda à Tindouf restent désepérement baissées.

A l’origine de la discorde : l’attentat de Marrakech impliquant des islamistes algériens en 1994, qui causa la mort de deux touristes espagnols. A l’origine de la réconciliation : un commando du GIA, opérant dans la région de Tlemcen, à 400 kilomètres à l’ouest d’Alger. Le groupe clandestin fort d’une quarantaine d’individus, s’enhardit jusqu’à attaquer des villages marocains.

La semaine dernière, les services de sécurité chérifiens procèdent au démantèlement du réseau de soutien marocain, composé d’une dizaine d’individus, dans la région d’Oujda.

Actions concertées ?

Les inculpés avaient pour tâche de faciliter le passage des islamistes en territoire marocain. En échange, le groupe clandestin leur donnait leur part de ses pillages. Quelques jours plus tard, le 6 mai, celui-ci est encerclé par les forces de sécurité algériennes dans son repaire de montagne, non loin de Tlemcen. L’assaut est donné. Le groupe du GIA perd plus de la moitié de ses effectifs au cours de l’affrontement avec l’armée, tendant à confirmer les rumeurs de collaboration entretenues de part et d’autre de la frontière.

Pour la presse d’Alger, ce  » premier pas «  des autorités marocaines vient à point nommé à l’heure même où le président du Sénat algérien, Bachir Boumaza, effectue une visite au Maroc. Pour les autorités chérifiennes, il s’agit d’une reconnaissance de l’existence de réseaux islamistes dans leur pays. Fait qui avait été auparavant rejeté énergiquement par l’ancien ministre de l’intérieur Driss Basri, arguant que les frontières étaient  » hermétiquement closes « . Cette mauvaise volonté de Rabat ne manquait pas d’agacer le président Bouteflika, qui voit d’un mauvais oeil l’installation de bases arrières du GIA en territoire marocain.

Cette nouvelle donne dans le combat que livrent les forces de sécurité algériennes aux irréductibles islamistes ayant refusé le projet de concorde nationale n’est pas sans rapport avec le réchauffement actuel des relations maroco-algériennes. Ainsi le quotidien marocain,  » Le Matin du Sahara et du Maghreb « , a repris dans son édition du 11 mai une déclaration de Bachir Boumaza ; le parlementaire algérien y qualifiait de  » vitale  » l’amélioration des relations entre les deux pays. Vitale, alors que l’instauration d’une Union du Maghreb arabe (projet de communauté économique regroupant l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye), jadis au point mort pour cause de différends persistants entre Algériens et Marocains, donne des signes de relance.