Le Maroc appelle à un plan Marshall pour l’Afrique

Le ministre marocain de l’Intérieur, El Mostafa Sahel, a appelé l’Europe à développer un « vrai plan Marshall » avec une action économique d’urgence au profit des pays de l’Afrique subsaharienne émetteurs de flux migratoires,
estimant que ce phénomène est très complexe et que l’approche sécuritaire n’est pas l’unique solution.

L’immigration clandestine constitue « un véritable trafic d’êtres humains » organisé par des « réseaux mafieux qui errent dans le désert du Sahel et qui s’adonnent également au trafic de drogue, d’armes et de cigarettes », a indiqué le responsable marocain, lors d’une rencontre, mardi soir à Rabat, avec la presse nationale et étrangère.

Il a souligné que les itinéraires de ce trafic sont connus de tous les observateurs et que la quasi-totalité des émigrants clandestins passent par les frontières algériennes, ajoutant que chaque pays concerné par ces flux migratoires doit assumer ses responsabilités en contrôlant ses frontières.

M. Sahel a fait savoir qu’au Maroc il y a quelque 7.000 hommes qui sont mobilisés de manière permanente pour assurer la surveillance des points de passage des clandestins. A ce chiffre s’ajoutent quelque 4.000 éléments des Forces armées royales, de la Gendarmerie et des forces auxiliaires qui ont été mobilisés suite aux tentatives d’assaut menées par les immigrés clandestins
contre Ceuta et Melilla.

Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles situées au nord du Maroc, ont connu dernièrement des drames lors des assauts lancés par des clandestins Subsahariens contre les grillages électriques qui les entourent pour pouvoir joindre l’Espagne.

Quatorze émigrants sont morts, certains tués par balles, lors de ces assauts collectifs.

Le ministre marocain a rappelé qu’en 2004 et 2005, quelque 26.000 tentatives d’immigration clandestine, dont 20.000 en provenance de pays subsahariens, ont été avortées.

« Le Maroc n’a reçu aucune aide des pays européens et la lutte contre ce phénomène se fait en coordination étroite avec l’Espagne », a-t-il dit.

Le rapatriement des Subsahariens clandestins vers leurs pays d’origine coûtera au Maroc quelque 120 millions d’euros, soit le triple de l’enveloppe de 40 millions d’euros promis par l’Union européenne pour appuyer les efforts de Rabat en matière de lutte contre ce phénomène.

Concernant les circonstances de la mort de Subsahariens aux
frontières de Ceuta et Melilla, M. Sahel a indiqué que cela s’est produit lors de tentatives de centaines d’immigrants clandestins qui voulaient entrer de force dans les deux présides et qui se sont heurtés aux gardes-frontières, ajoutant qu’une enquête est en cours à ce sujet.

Cette nouvelle violence des émigrants subsahariens intervient après que les autorités marocaines ont bouclé les frontières maritimes du Nord et du Sud du royaume alaouite, a-t-il encore dit.

Evoquant les émigrants clandestins qui ont été reconduits aux frontières, M. Sahel a souligné qu’ils ont été raccompagnés vers les postes frontaliers à travers lesquels ils s’étaient
infiltrés.

Lorsque les autorités marocaines ont engagé des discussions avec les pays africains amis pour un rapatriement volontaire accepté par les Etats et les individus et dans le cadre de l’Organisation
internationale des migrations (OIM), a-t-il relevé, des accords ont été conclus pour organiser des opérations de rapatriement par voie aérienne.

Le Maroc a accéléré mardi le rythme de refoulement des émigrants subsahariens avec des vols en direction de Dakar et Bamako et des convois d’autocars en direction des frontières algérienne et mauritanienne.