Le grillage de la discorde

Le Botswana installe 500 km de grillage électrifié le long de la frontière avec le Zimbabwe pour officiellement endiguer l’épidémie de fièvre aphteuse. Beaucoup estiment que cette initiative vise plutôt à mettre fin au flux d’immigration clandestine.

Saute, mouton ! Les autorités botswanaises installent un grillage électrifié de deux mètres de haut sur 500 km destiné à empêcher les troupeaux zimbabwéens de passer la frontière. L’objectif affiché par Gaborone est d’éviter la propagation de la fièvre aphteuse dans le pays. Cette maladie se serait répandue par les mouvements des bestiaux et des animaux sauvages des parcs nationaux d’un côté comme de l’autre. Mais certains considèrent que le problème est ailleurs. Le Botswana serait en réalité en train de construire une barrière pour réduire le flux d’immigrants clandestins.

Pour ce qui est de la fièvre aphteuse, l’infection n’est pas confinée au seul Botswana. Mais c’est pourtant ce dernier qui a choisit de mettre en place une barrière au nord-est de son territoire. Une mesure préventive pour, officiellement, protéger son cheptel. Le ministère de l’Immigration et de la Citoyenneté du Zimbabwe refuse également d’y voir autre chose. « L’une de ses principales ressources est l’industrie bovine. Ils exportent beaucoup de viande en Europe. Eradiquer la fièvre aphteuse est une question de survie pour le pays », estime Roy Sekgororoane, chef du service immigration. Signe que le gouvernement du Président Mugabe comprend les préoccupations de son voisin. Lui-même prend d’ailleurs des précaution pour arrêter l’épidémie. ils soignent les animaux malades et vont jusqu’à les abattre dans certains cas.

Barrière contre la clandestinité ?

La barrière pourrait faire l’affaire des deux Etats, tant elle paraît infranchissable pour les animaux. Première difficulté : le grillage s’élève à plus de deux mètres de haut. Autre écueil, une partie de l’installation serait électrifiée. Tant d’ardeur pour éloigner de simples moutons ou des buffles ont soulevé une polémique. Le gouvernement botswanais cherche-t-il seulement à repousser les bêtes à risque ? Les médias de Gaborone pour la plupart tranché. L’initiative vise surtout à arrêter le flux incessant d’immigrés illégaux zimbabwéens qui seraient entre 60 000 et 100 000 sur le territoire.

Quelques quotidiens poussent même la comparaison avec le mur qu’Israël construit pour se protéger des attaques suicides palestiniennes. Peut probable selon le ministère de l’Immigration et de la Citoyenneté zimbabwéen, qui souligne que les mouvements de populations ont toujours été nombreux des deux côtés. Le Botswana donnent beaucoup plus d’ampleur au phénomène. « Nous en rapatrions chaque mois en moyenne 2 500, ce qui nous coûte beaucoup d’argent », explique le porte-parole du ministère des Affaires Etrangères.

Saute qui peut

La mesure serait le moyen de faire d’une pierre deux coups. Officiellement, la barrière électrique vise à stopper l’épidémie de fièvre aphteuse. Officieusement, il s’agirait de mettre fin à l’immigration clandestine. Les Présidents Mugabe et Mogae se sont récemment, et vainement, entretenus sur le sujet. Les Zimbabwéens continuent de fuir la crise économique qui ravage leur pays. Certains partent chercher des produits qu’ils pourront revendre à leur retour. D’autres prennent un aller simple. Et ce n’est pas un grillage qui les arrêtera. A certains endroits, la barrière de fer a déjà été arrachée.