Le Ghana élit un nouveau président

Nana Akufo-Addo

Plus de 12 millions de Ghanéens vont aux urnes ce dimanche pour les cinquièmes élections législatives et présidentielle depuis le retour de leur pays au régime civil. Ils auront à choisir entre huit candidats à la présidentielle, et 230 députés sur 1 060 candidats. Fait rare sur le continent, le président sortant, John Kufuor, quitte le pouvoir après deux mandats de quatre ans, sans avoir cherché à s’y maintenir. Selon les analystes politiques, tout va se jouer entre les deux principaux partis: le Nouveau parti patriotique (NPP, au pouvoir) et le principal parti d’opposition, le Congrès démocratique national (NDC).

Avec Panapress

Le gouvernement se targue de ses réalisations économiques couronnées par une amélioration des statistiques et un meilleur environnement des affaires, d’où sa volonté de se faire réélire. La Banque Centrale continue à approuver la politique économique du gouvernement, malgré la crise économique mondiale, estimant qu’elle est résistante et « modestement forte ».

Dans son rapport sur la situation économique publié en août dernier, l’Institut des affaires économiques (IEA), a affirmé que « l’ensemble de l’activité économique au cours de l’année 2007 a été modestement forte malgré la crise énergétique qui a commencé à la fin du mois d’août 2006 et qui a pris fin en septembre 2007 ».

Malgré la hausse des prix du pétrole brut sur le marché mondial, la croissance annuelle de l’économie a été de 6,2 pour cent, ce qui est légèrement en dessous de l’objectif ciblé de 6,5 pour cent.

« Les indications sont que le taux de croissance du PIB réel pour 2008 sera atteint et probablement dépassé. C’est la bonne nouvelle pour l’économie », a déclaré un porte-parole du gouvernement, Kwaku Kwarteng. L’inflation tourne autour de 18 pour cent, ce qui est bien loin du taux à un chiffre ciblé, car l’économie a traversé une crise en 2006 et 2007.

L’IEA a indiqué que ceci avait pu se constater dans le déficit agricole en raison des inondations et dans un ralentissement de la production industrielle en raison de la crise énergétique et de la hausse des prix du pétrole sur les marchés internationaux.

L’opposition dénonce la corruption

Nana Akufo-Addo« Concernant certains indicateurs sélectionnés du secteur réel comme le revenu et les recettes tirés des taxes sur les entreprises, le nombre d’emplois vacants et les contributions au titre de la sécurité sociale confirme que dans l’ensemble, la tendance a été modestement forte pour la plus grande partie de cette année (2007) », ajoute l’IEA.

L’opposition, pour sa part, appelle au changement en soutenant que le gouvernement n’a pas tenu ses promesses électorales d’améliorer les conditions de vie des populations, de créer des emplois, d’instaurer une économie solide, et de relancer la production industrielle et agricole.

Peut-être un des points sensibles est la dénonciation de la corruption par l’opposition, qui affirme que le gouvernement n’a pas assez fait contre cette menace.

Le gouvernement a rétorqué avoir adopté des lois pour contrôler la corruption, ce à quoi l’opposition a répondu que des lois ne suffisaient pas pour lutter contre la corruption en ajoutant que le gouvernement avait toujours fait preuve de frilosité quand il s’agissait de passer à l’action.

Elle a pointé du doigt la position occupée par le Ghana sur l’indice de la corruption où il a une note inférieure à quatre sur une échelle de 10 comme la preuve du manque de volonté politique à faire face à la corruption.

Alors que l’on annonce l’exploitation de pétrole au large de la Région Occidentale dont les recettes pourraient transformer l’économie du pays, chacun des protagonistes souhaiterait être au pouvoir que l’or noir sera commercialisé.

Tout se joue entre le NPP et le NDC

John Evans Atta-MillsLes analystes politiques estiment que tout va se jouer entre les deux principaux partis, à savoir le Nouveau parti patriotique (NPP, au pouvoir) et le principal parti d’opposition, le Congrès démocratique national (NDC), qui ont remporté chacun deux élections.

Cependant, avec la renaissance du parti du premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, le Parti de la convention populaire (CPP) qui surfe sur une nouvelle vague, les analystes estiment qu’une performance de ce parti pourrait déboucher sur un deuxième tour puisque ni Nana Akufo-Addo du NPP ni le Professeur John Evans Atta Mills du NDC ne peuvent obtenir plus de 50 pour cent des voix.

« Je serai surpris s’il y a un vainqueur dès le premier tour », a déclaré Ben Ephson, le directeur général du Daily Dispatch, l’institut de sondage le plus crédible du Ghana. Il a affirmé que si tous les petits partis obtiennent ensemble 10 pour cent des voix, il n’est pas possible qu’un des deux principaux candidats puissent rassembler plus de 50 pour cent des voix.

Environ 12,4 millions d’électeurs vont voter dans 22.000 bureaux de vote à travers le pays, entre 07h et 17h locales. Ils auront à choisir entre huit candidats à la présidentielle, et 230 députés sur 1.060 candidats. Le président John Agyekum Kufuor n’est pas candidat à sa propre succession pour avoir obtenu deux mandats consécutifs de quatre ans, conformément à la Constitution du pays.

Les principaux candidats à la présidentielle sont Nana Akufo-Addo pour le NPP, John Evans Atta Mills pour le NDC et Edward Mahama pour la Convention nationale populaire (PNC). Le NPP occupait 128 des 230 sièges à l’Assemblée nationale sortante contre 94 pour le NDC, le plus grand parti de l’opposition. « Nous sommes prêts pour ces élections. Nous avons envoyé le matériel électoral pour qu’il soit réparti dans les bureaux », a déclaré le président de la Commission électorale nationale, Kwadwo Afari-Gyan.

Un pas de géant dans la marche vers la consolidation de la démocratie

« Le vote doit être transparent et à chaque étape du processus il y a un système de contrôle qui empêche de tricher. Dans le cas où dans un bureau de vote le nombre de bulletins va dépasser celui des électeurs inscrits, le scrutin sera annulé », a-t-il ajouté, affirmant que les résultats définitifs pourraient être proclamés au bout de 72 heures après la fermeture du scrutin.

Tout le monde s’est mobilisé par un vote pacifique, les chrétiens et les musulmans priant pour la paix afin d’éviter au Ghana les exemples sanglants du Kenya et du Zimbabwe. Dirigeant une mission d’observation de 200 membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour les élections de dimanche l’ancien chef de l’Etat du Nigeria, le général Yakubu Gowon, a déclaré que le Ghana a déjà servi de modèle en Afrique en accédant à l’indépendance en 1957 et devrait continuer à donner l’exemple.

Tout en saluant le Ghana pour être resté l’étoile montante du processus de démocratisation en Afrique, le président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, a déclaré que l’organisation régionale croit sincèrement que ces élections seront un autre pas de géant dans la marche de la zone vers la consolidation de la démocratie, du respect de l’état de droit, de la paix et du développement ».

Photos des affiches des candidats : Jean-Claude Abalo