Le dessin animé s’installe en Afrique

Pictoon est la première et la seule société de production de dessins animés africaine. Créés en 1998 à Dakar, par le Camerounais Pierre Sauvalle, les studios emploient 60 à 80 personnes toutes formées sur place. Kabongo le Griot, leur première grande production, affiche une volonté de vendre le savoir-faire et la culture africaine. Interview d’un entrepreneur militant.

Afrik : Pourquoi avoir monté Pictoon en Afrique ?

Pierre Sauvalle : J’ai fait mes études en France. Les Beaux-Arts, puis les Gobelins. J’ai travaillé huit ans dans des boîtes de production en France. Mais j’ai toujours voulu retourner en Afrique et participer à ce qu’elle développe ses propres productions. Il faut simplement que nous arrivions à nous ouvrir à l’international. Pour vendre des productions aux Etats-Unis, au Japon ou en France, il ne faut pas que nous soyons hermétiques, nous devons avoir des messages universels.

Afrik : A parler de mondialisation, que reste-t-il de l’Afrique dans tout ça ?

Pierre Sauvalle : L’internationalisation n’est pas antinomique avec l’Afrique ou avec les spécificités culturelles de tel ou tel pays. Regardez le Japon avec les Mangas. La culture africaine est aussi universelle que la culture occidentale ou asiatique.

Afrik : Dans quelle mesure votre actuel dessin animé Kabongo le griot en est l’illustration ?

Pierre Sauvalle : Notre actuelle série de dessin animé, Kabongo le Griot, est un concept tout à fait africain. Kabongo voyage à travers le monde à la recherche d’un disciple à qui enseigner son art. Sa manière de voir et de raconter le monde est assez ludique et très imagée. C’est en cela qu’elle est universelle. Le griot est plus qu’un simple conteur, il est capable d’aborder les événements par le biais de la pensée. C’est la force de la connaissance et de la sagesse.

Afrik : Comment est né Kabongo ?

Pierre Sauvalle : Au départ, c’est moi qui ai écrit le concept. Puis j’ai pris des scénaristes professionnels en France et en Afrique. Tous les stories board (découpage des scènes de chaque épisode réalisé sous forme de bande dessinée, ndlr) et toutes les animations – la colorisation et le montage – sont ensuite faits à Dakar. Seule la post production (la bande son, ndlr) est faite à l’étranger, en France. Tout simplement parce que nous n’avons pas de studio de post production en Afrique de l’ouest. Nous n’avons personne de formé aux techniques de bruitage.

Afrik : Combien de personnes emploie Pictoon ?

Pierre Sauvalle : Entre 60 et 80 personnes. Toutes formées sur place. Nous avons notre propre département formation au studio.

Afrik : Cela a dû être très lourd à mettre en place ?

Pierre Sauvalle : Nous avons investi près de deux millions de FF en fonds propres. Pour un projet comme ça, il fallait se jeter à l’eau. C’est tellement lourd que si l’on attend après des subventions on ne se lance jamais. A nous de faire nos preuves puis de trouver des synergies pour soutenir ensuite le projet. Aujourd’hui nous avons besoin de souffle. Nous sommes à un seuil où nous devons trouver de nouveaux partenaires producteurs, distributeurs et financiers.

Afrik : Pensez-vous que le dessin animé africain puisse vraiment rapporter de l’argent ?

Pierre Sauvalle : 50% des devises de la Corée du Nord sont issues du dessin animé. Elle a entre 500 et 1 000 studios. Les séries européennes ou américaines sont toutes fabriquées en Asie, là où le coût de la main d’oeuvre est peu élevé. Il faut que les Africains comprennent que le potentiel de l’industrie du dessin animé est colossal. D’autant qu’un dessin animé, avec tout le marchandising qu’il y a à côté, reste un produit à très forte valeur ajoutée.

Afrik : Quels sont les atouts de l’Afrique dans le dessin animé ?

Pierre Sauvalle : Notre richesse culturelle et notre imaginaire. Toute une part d’évasion dont la jeunesse a besoin. Quand on regarde le succès planétaire de Kirikou (réalisé par un Français, ndlr) ou du Roi Lion – qui est d’ailleurs le dessin animé qui a rapporté le plus aux studios Disney – c’est assez révélateur. Il faut que nous sachions vendre notre culture ou d’autres s’en chargeront à notre place.

Pictoon BP 3671 Dakar Sénégal

Contact Aida Ndiaye & Pierre Sauvalle

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