Le Cran annule le concert du 10 mai place de la Bastille

Sous la pression de nombreuses personnalités, associations et collectifs du monde afro caribéen en France, la manifestation du 10 mai prochain en l’honneur de l’abolition de l’esclavage, marquée par un grand concert place de la Bastille, est annulée. Explications de Patrick Lozès, Président du Comité représentatif des associations noires (Cran) à l’initiative de l’évènement.

Par Fabienne Pinel

Afrik.com : Pourquoi le Cran a-t-il décidé d’annuler la grande manifestation prévue le 10 mai, place de la Bastille ?

Patrick Lozes :
On a l’impression que certains préfèrent priver une Nation toute entière de la connaissance d’une histoire que d’aucuns considèrent comme méconnue, pourvu que cela nuise au Cran ! Une campagne ignoble a été lancée comparant l’évènement que nous voulions organiser au carnaval de Rio… Comment notre projet, soutenu par Christiane Taubira, la Ligue des droits de l’Homme, et de nombreuses personnalités dont on ne peut douter de la valeur de l’engagement, peut-il être comparé à un carnaval ? Je ne veux pas répondre à cette mauvaise foi qui va jusqu’à accuser le Cran d’être proche du Ku Klux Klan ou de Jean-Marie le Pen ! Même si cette mauvaise foi est relayée par des individus de bonne foi. La moralité de cette propagande ignoble est que nous avons annulé le grand évènement du 10 mai, car le Cran ne veut absolument pas donner en spectacle, la division des Noirs. Nous ne voulons pas créer une polémique qui ne bénéficierait à personne. Aujourd’hui, je demande juste ce que ferons, le 10 mai, ces détracteurs pour commémorer notre mémoire ?

Afrik.com : Que souhaitiez-vous exactement organiser ?

Patrick Lozes :
Nous ne voulions pas organiser une fête, mais une action d’envergure afin que les tragiques et barbares histoires de l’esclavage et de la Traite négrière soient enfin connues de la France entière. Nous voulions faire un grand évènement culturel sur la place de la Bastille, à Paris, en association avec la Ligue des droits de l’Homme, celle de l’enseignement, et nous pensions inviter des artistes engagés. Il y aurait eu des projections de films sur l’esclavage et la Traite des Noirs, des entretiens avec de célèbres intellectuels afro caribéens comme Aimé Césaire ou Maryse Condé, et des chanteurs engagés. Notre volonté était de commémorer la fierté des esclaves qui se sont battus. Nous voulions, par un message fort, faire connaître au plus grand nombre cette histoire, notre histoire.

Afrik.com : Il était reproché au Cran d’organiser un évènement festif, qui ne prenait pas la mesure de la solennité de cette première journée de commémoration du crime contre l’humanité que furent l’esclavage et la Traite des Noirs. Qu’en pensez-vous ?

Patrick Lozes :
Il n’y a pas d’opposition entre le recueillement et une manifestation populaire. Nous voulions une date officielle afin que cette histoire soit connue de tous et qu’elle cesse d’être tue. Il y aura de nombreuses manifestations officielles et des recueillements, tant à l’Elysée, qu’au Sénat, ou dans les écoles… Nous, nous souhaitions réaliser, en parallèle, une manifestation populaire qui puisse toucher le plus grand nombre : le but étant que notre message soit entendu par la France entière. Et un grand évènement, animé par des personnalités médiatiques, aurait aidé à la diffusion de notre histoire ! Notre ambition n’était pas de « chanter », mais bien de montrer à toute la France la tragédie de notre histoire commune : celle des Noirs et des Blancs.

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