Le business du mariage au Maroc

La saison des mariages bat son plein au Maroc. Mi-juillet, salles de fête, negafas, orchestres, traiteurs et autres corps de métiers attenants au mariage sont surbookés. Aujourd’hui, le mariage est devenu une vraie industrie, avec des règles, mais surtout avec beaucoup de bénéfices. Enquête.

De notre partenaire L’Economiste

Au Maroc, le temps où le mariage ne nécessitait que la présence de douze personnes en tant que témoins est révolu. Aujourd’hui, c’est une véritable industrie qui s’est mise en place et qui bat son plein pendant l’été. Avant d’arriver au jour J, les préparatifs durent en moyenne trois à quatre mois, si ce n’est une année. Un proverbe marocain dit : « Le mariage d’une nuit nécessite une année de préparation ». Ainsi, il faut d’abord commencer par choisir ceux sur qui va reposer le déroulement de la soirée. La priorité est la salle où se déroulera la fête. Ici, le choix est multiple.

D’abord, les salles de fête des hôtels. Elles proposent les tables, les chaises, la cuisine et la suite nuptiale. Tout cela pour une somme allant de 25 000 à 50 000 DH. Les prix dépendent bien sûr du nombre d’invités qui se répartissent en trois tranches : 150, 300 et 500 personnes. Viennent ensuite les salles appartenant à la municipalité qui se louent entre 7 500 et 8 500 DH. Mais selon une source municipale qui a requis l’anonymat, il est possible d’avoir une salle de fête à un prix nettement inférieur, qui peut même avoisiner les 5 000 ou 6 000 DH. L’astuce est que la cérémonie sera inscrite sur le registre en tant que réception et non mariage, ce qui justifiera le prix.

Pléthore de traiteurs

Pour les salles de fête privée, le prix varie entre 10 000 DH en basse saison et 15 000 en haute saison pour une contenance d’une centaine de personnes. Aujourd’hui aussi, il existe des villas construites et louées pour ce genre de célébration. Quant aux personnes détenant elles-mêmes ces villas, elles font appel au traiteur. Ce dernier décore et aménage le jardin qui fera office de salle de fête. Le traiteur est une des pièces maîtresses du feuilleton nuptial et, ces dernières années, il y a eu floraison de cette activité. « Ils sont devenus tellement nombreux qu’il est difficile de faire son choix », explique Fedwa, jeune cadre en pleins préparatifs de mariage. « Personnellement, je me suis fiée à celui qui a fait le mariage de ma meilleure amie. C’est en général comme cela que ça se passe », dit-elle.

Pourtant, les prestations se ressemblent. Actuellement, la carte du traiteur se décline en deux options. Le cocktail dînatoire et le dîner complet. Les prix dépendent de la formule, et de son contenu. Ainsi, pour un cocktail dînatoire, les prix varient entre 180 et 400 DH par personne. Au menu : gâteaux salés, sucrés, jus, limonades, café, lait et harira pour le petit matin. Plus le client est exigeant, plus les prix grimpent. Ainsi, des stands chawarmas ou encore des dizaines de variétés de grillades peuvent être proposés. Quant à ceux qui optent pour le dîner, ils se verront proposer une table de dix personnes entre 2 000 et 2 500 DH comme tarif de base. C’est un dîner traditionnel : mechoui, pastilla, dessert. Mais le menu peut être haut de gamme, selon les moyens des clients. « La table peut même coûter 4 000 DH, elle comportera de la haute gastronomie », explique un gérant.

La negafa, incontournable

Le volet décoration n’est pas en reste, du plus simple au plus sophistiqué. Nappes en fil d’or, traditionnel brodé, bouquets de fleurs sur les bordures de table… Mais tout cela doit être fait en harmonie avec les couleurs qu’utilisera la negafa dans l’habillement des mariés. La negafa, elle, est devenue une vraie institution. Pour peu, elle serait « moulat laârs » (maîtresse des lieux), tant ses directives sont suivies à la lettre. « La future mariée a toujours une image d’elle dans ses rêves. Moi de mon côté, et de par mon expérience, je sais ce qui lui ira le mieux. Le travail sera de concilier nos deux visions afin que la mariée puisse être à 100% satisfaite », explique Naïma Marrakchia, negafa à Casablanca. La rémunération d’une negafa va de 5 000 à 15 000 DH.

S’il existe un mot-clé pour la réussite logistique d’un mariage, c’est l’harmonisation entre les différents protagonistes. C’est pour cela que chaque traiteur a une neggafa ou même plusieurs avec lesquelles il s’entend bien. C’est aussi le cas pour l’orchestre. C’est de ce dernier que dépend l’ambiance de la fête. Il y a des orchestres pour toutes les bourses. Les prix vont de 2 500 à 15 000 DH pour les plus renommés. Les chikhates (chanteuses et danseuses traditionnelles) sont toujours sollicitées, mais moins qu’avant. Leur prix a diminué par rapport à celui des orchestres. Le DJ fait aussi son entrée dans le milieu des mariages : chez les couples n’ayant pas un budget suffisant pour s’offrir un orchestre ou encore, dans cette nouvelle tendance de soirée de mariage, fraîchement inaugurée par les jeunes cadres qui prennent eux-mêmes en charge les frais de la cérémonie.

Chambre nuptiale soldée

Une fois la cérémonie terminée, les heureux époux peuvent passer la nuit, ou ce qui en reste, chez eux, mais la chambre d’hôtel nuptiale peuple encore les rêves de beaucoup de mariés. Les hôtels se préparent en été à recevoir ces nouveaux « Madame et Monsieur » avec des promotions. Au Royal Mansour Casablanca, par exemple, une chambre nuptiale coûtera 1 980 DH, le prix initial étant de 3 900 DH. Pour la suite nuptiale, de 8 500 DH, le prix chute à 3 480 DH. Ces prix comprenant le petit-déjeuner, la décoration florale et une corbeille de fruits. Ces promotions s’étalent sur toute la saison d’été.

Par Houda Benbouya

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