Le bonheur est au Nigeria

Les citoyens nigérians sont les plus heureux du monde. C’est ce qu’affirme une étude du sérieux World Values Survey, reprise par le non moins sérieux Scientist magazine. Plus que la valeur d’une étude sur le bonheur de chacun, la recherche du WVS offre un panorama des différentes manières d’aborder cette notion dans le monde.

Les chercheurs de bonheur du World Values Survey (WVS) ont rendu leur verdict : les habitants nigérians seraient les plus heureux au monde, devant les Mexicains et les Vénézuéliens. Le pays africain se retrouve bien isolé, au sommet de cette étude menée dans 65 pays, entre les nations latino-américaines et occidentales. Cette première place ne fait pas du Nigeria le nouvel Eden. Avec un Produit intérieur brut de 314 $ par habitants, le pays ouest-africain compte parmi les plus pauvres du monde. C’est également l’un des plus corrompus et il sort de décennies de régime militaire dur, sans pour autant avoir accédé à un régime démocratique. Le déroulement des dernières présidentielles est là pour le rappeler. Est-ce à dire que ces facteurs ne sont pas déterminants dans la conscience que l’on a de son propre bonheur ? Un peu.

Les sociologues du WVS ne sont pas loin d’avoir prouvé l’assertion selon laquelle l’argent ne fait pas le bonheur. Selon l’organisation internationale, la moyenne des personnes qui se déclarent heureuses au sein des pays dits industrialisés n’a pas évolué depuis la seconde Guerre Mondiale, malgré une importante augmentation des revenus. Ce qui porterait à croire qu’une fois acquis les revenus nécessaires à sa subsistance, « les extras font de moins en moins la différence », analyse Michael Bond, du Scientist Magazine, qui le premier a publié l’étude.

Heureux ou satisfaits ?

Pour le reste, il est difficile d’analyser et généraliser les résultats de cette étude, explique Ruut Veenhoven, Professeur à l’Université de Rotterdam ! Certains des 65 pays où l’étude a été menée n’ont pas l’équivalent du mot anglais (langue de l’étude) « happiness ». Les facteurs qui déterminent cet état, lorsqu’il est possible de le déterminer, sont extrêmement variables : santé, famille, argent… ou encore avoir trouvé Dieu. Les chercheurs ont surtout pris soin de faire la distinction entre les notions de « bonheur » et de « satisfaction ». Ainsi, le Nigeria arrive bien en tête des pays où les gens sont les plus heureux, mais se retrouve dans le milieu du classement en ce qui concerne l’état de satisfaction de ses habitants.

L’autre difficulté tient au fait que l’approche du bonheur est différente entre individus. Encore plus d’une nation à une autre. « Le public nigérian a tendance, de manière flagrante, à donner plus de réponses très hautes et très basses (…) », explique Ronald Ingelhart, président du Comité du WVS et professeur à l’Université de Michigan. « Les réponses des Japonais, au contraire, se retrouveront toutes au milieu. » De la même façon, dans les pays individualistes occidentaux, le bonheur est vu comme une réflexion de son accomplissement personnel. Et ne pas être heureux implique que vous ne vous êtes pas accompli, explique Scientist magazine, qui a eu accès à l’étude de WVS. Cette obligation à être heureux pourrait amener les personnes interrogées à prétendre être plus heureuses qu’elles ne le sont vraiment, estime Eunkook Mark Suh at Yonsei, de l’Université de Séoul. A l’inverse, les nations collectivistes asiatiques ont une attitude plus fataliste. « Ils pensent que le bonheur est une bénédiction divine », explique le chercheur coréen. Ils ne se forcent donc pas pour exagérer leurs réponses puisqu’ils ne sont pas responsables de leur état.

Les gouvernements prennent de plus en plus compte de ce type d’études, selon Scientist Magazine. Les autorités britanniques (ministry of Strategy Unit) ont même publié en décembre des recommandations visant à augmenter le bonheur de leurs citoyens. Le Bhoutan a déjà fait savoir que son Bonheur intérieur brut importait plus que son Produit intérieur brut. Les autorités nigérianes, pour lesquelles ce sont les bruts de pétrole qui importent, ne doivent pas voir dans le classement de l’étude de la WVS le résultat de leur politique.