Le 10 mai commémoré au cinéma par Christian Lara

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1802, l’épopée guadeloupéenne est sorti dans les salles françaises ce mercredi 10 mai. Une coïncidence voulue par le réalisateur guadeloupéen Christian Lara à l’occasion de la commémoration, pour la première fois en France, de l’abolition de l’esclavage. Interview.

christian_lara.jpgParis, 1802. Pour Napoléon Bonaparte, la conquête du pouvoir passe par le rétablissement de l’autorité de la France dans ses colonies de Saint-Domingue et de la Guadeloupe en fronde. Pour les Guadeloupéens, cela signifie surtout le retour de l’esclavage dans leur archipel alors qu’il avait été aboli 8 ans plus tôt. Et ils ne l’entendent pas de cette oreille. Ils se mobiliseront, pour la liberté, derrière le colonel Louis Delgrès, au péril de leur vie. C’est ce combat que relate, comme « un reportage d’époque », le dernier opus du réalisateur guadeloupéen Christian Lara 1802, l’épopée guadeloupéenne, revisité pour le cinéma.

Afrik.com : Que représente pour vous cette commémoration du 10 mai qui coïncide avec la sortie de 1802, l’épopée guadeloupéenne ? Cette date tombe en effet un mercredi, jour de sortie habituelle des films en France.

Christian Lara :
D’abord, je dois vous dire que c’est la première fois qu’un criminel commémore son crime. Par conséquent, on ne voulait pas être dépossédé de cette reconnaissance et qu’elle soit récupérée par les politiques. Il fallait qu’on marque le coup à titre personnel. C’est un devoir de mémoire. Mon film serait sorti le 10 mai, même si cela n’avait pas été un mercredi. C’est un choix volontaire.

Afrik.com : Peut on considérer ce film comme un pendant de Sucre amer?

Christian Lara :
Ce serait plutôt un complément. Sucre amer est un film de réflexion et 1802, l’épopée guadeloupéenne un film d’action, un film populaire. Ce dernier a été conçu pour le grand public et il est important qu’il atteigne sa cible. Il est très important que ce devoir de mémoire touche le public auquel il est destiné.

Afrik.com : Votre grand-père a été le premier historien guadeloupéen et vous racontez, à travers vos films, encore l’histoire de la Guadeloupe. Est-ce une vocation familiale ?

Christian Lara :
Quand on est tombé dedans tout petit… mais il faut dire que l’histoire m’a toujours passionné. Je me suis rendu compte que la nôtre était peu connue et qu’il fallait donc y remédier en la faisant découvrir aux plus jeunes. Je considère comme un devoir, en tant que cinéaste, de lui apprendre les actions de ceux qui les ont précédés.

Afrik.com : Cette célébration intervient au moment où la question communautaire soulève de nombreuses polémiques en France. Comme ce fut le cas avec la loi du 23 février 2005 sur le rôle positif de la colonisation. Pensez-vous qu’elle va faire évoluer positivement le débat ?

Christian Lara :
Je vous répondrai que c’est un commencement. La France est un pays raciste. Toutes les opportunités sont bonnes à saisir pour qu’elle devienne un pays multiracial. Prenons l’exemple de 1802, l’épopée guadeloupéenne, les médias en ont très peu parlé, même par rapport à la commémoration du 10 mai. Pourtant, nous avons un service de communication performant. Il en va de même pour ce qui est de l’évènement en lui-même, il n’a souvent été évoqué qu’à travers des poncifs comme Gorée ou des choses que l’on connaît déjà. Ils sont banalement racistes. C’est donc à nous Noirs de France, Maghrébins et autres de faire ce qu’il faut afin que cette nation devienne multiraciale. C’est quand même l’une des seules démocraties européennes à être encore raciste, on n’a pas ce sentiment là en Angleterre ou même en Allemagne. C’est inconcevable !