La presse algérienne va disparaître, par Omar Belhouchet

Par le Directeur général d’El-Watan.

Une sévère pénurie de papier frappe le marché algérien de l’édition de presse. La rupture de stock est réelle. Elle est fondée. Pourtant, la crise est apparue au niveau international depuis quelques mois déjà. Le manque de papier en Europe et en Amérique du Nord, les deux plus importants foyers de production de cette matière première, a engendré une forte augmentation des prix. La tonne avoisine aujourd’hui les 800 dollars, alors qu’elle se négociait à 600 dollars en 1999.

L’Algérie importe la totalité de ses besoins. Inévitablement, nous devions subir les effets du contexte mondial. Beaucoup de pays se sont activement préparés en achetant massivement du papier. Dans notre cas, rien de sérieux n’a été entrepris pour éviter cette lamentable rupture de stock. Les méthodes de gestion du secteur demeurent archaïques, aggravées par l’incroyable crise de liquidités auxquelles font face les imprimeurs. Les pouvoirs publics laissent pourrir la situation. La notion d’économie de marché et de commercialité est imposée (à juste titre d’ailleurs) à l’ensemble de l’économie sauf aux imprimeries. Les différentes restructurations et réorganisations n’ont fait qu’empirer une situation déjà bien pénible. On passe indifféremment des holdings à l’ANEP, et on s’apprête à revenir à la gestion par le biais des holdings. Ces passages s’effectuent sans la moindre étude. Ils coûtent cher. Fait aggravant, l’Etat semble opter pour le maintien coûte que coûte du monopole des imprimeries publiques, alors que l’on évoque aisément et sans la moindre gêne l’ouverture du capital de Sonatrach et d’Air Algérie. Le contrôle absolu sur les moyens de production a considérablement fragilisé la presse dans notre pays. Il a retardé toute évolution technologique (les rotatives sont obsolètes). On empêche le privé de se doter de moyens propres et au même moment on bloque ces dernières années toute modernisation de l’appareil existant. Avec la révision de Code pénal, dans le sens d’une aggravation considérable des peines, et en privant les journaux de papier, le pouvoir atteint son objectif : ne plus avoir de presse en Algérie.