La Guinée au bord d’un coup d’Etat ?

La garde présidentielle et les soldats mutins se sont affrontés, pour la première fois, ce jeudi à Conakry. Ces derniers exigent désormais le renvoi de tous les généraux de l’armée guinéenne, estimant que ces derniers n’ont pas été solidaires de leur mouvement. En accédant à leurs principales revendications mardi, le gouvernement guinéen espérait calmer un mouvement qui menace désormais le régime de Lansana Conté. Les dirigeants de l’Afrique de l’Ouest ont appelé, ce vendredi, les Guinéens au calme.

La garde présidentielle et des soldats mutins se sont affrontés pour la première fois depuis le début, lundi, d’une mutinerie qui agite les rangs de l’armée. Les combats se sont déroulés jeudi à Conakry près du quartier de Kaloum où se trouve le camp Almamy Samory Touré, siège de l’état-major de l’armée guinéenne. Un bilan provisoire fait état de 10 blessés dans les deux camps. Les bérets rouges de la garde présidentielle ont installé un barrage filtrant sur le Pont du 8 novembre de Conakry, unique accès au quartier dans lequel le chef de l’Etat guinéen, Lansana Conté, dispose d’une résidence privée. Le président y a trouvé refuge jeudi et y tient une réunion de crise avec les généraux de l’armée. Une rencontre avec les mutins serait prévue ce vendredi, selon Le Monde, pour calmer un mouvement qui inquiète désormais le pouvoir.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), réunie en marge de la conférence internationale sur le développement de l’Afrique (Ticad) à Yokohama (Japon), s’est déclarée vendredi « très préoccupée » par les violences. Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso et président en exercice de la Cédéao, s’est entretenu avec ses homologues John Kufuor (Ghana), Ellen Johnson Sirleaf (Liberia), Bai Koroma (Sierra Leone), le vice-président nigérian Goodluck Jonathan et le président de la commission de la Cédéao, Mohamed Ibn Chambas.
Ils ont rédigé un communiqué dans lequel ils ont appelé « tous les Guinéens à renoncer à toute action qui pourrait plonger leur pays et les pays voisins dans le conflit et l’instabilité ». Plusieurs centaines de personnes ont par ailleurs défilé ce matin à Conakry pour manifester leur soutien à Lansana Conté.

Les soldats réclament la démission des hauts gradés de l’armée

Malgré les appels répétés au calme du Premier ministre et du chef de l’armée, le général Diarra Camara, la colère des mutins reste vive. Ils réclament, depuis mercredi, la mise à la retraite de tous les généraux et des trois chefs d’état-major de l’armée (air, terre et mer). Ils estiment que ces derniers n’ont pas été solidaires de leur mouvement. Le numéro deux de l’armée guinéenne Mamadou Sampil est, lui, séquestré depuis lundi au camp d’Alpha Yaya Diallo de Conakry d’où a été lancé la mutinerie.

Les autorités guinéennes ont pourtant accédé mardi à la plupart des revendications des soldats. Le gouvernement s’est en effet engagé à payer les cinq millions de francs guinéens (735 euros) par mois et par soldat dès la fin du mois de mai. Les mutins ont également reçu l’assurance de ne pas être poursuivis devant la justice et ont obtenu la libération de leurs compagnons emprisonnés depuis l’an dernier, à la suite d’événements similaires. Le ministre de la Défense Mamadou Baïlo Diallo a été aussi limogé par décret présidentiel. La question de la baisse du prix de vente du riz aux militaires devrait même être discutée dans les jours à venir, à en croire la dernière déclaration télévisée du Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré.

L’armée de Lansana Conté se rebelle

Mais les soldats ne sont toujours pas rentrés « dans les rangs » comme l’espérait le régime. Au contraire, le mouvement s’intensifie. Depuis lundi, trois personnes ont été tuées et des dizaines d’autres ont été blessées par des balles perdues. La fronde s’est étendue à d’autres villes du pays, notamment à Kindia, située à 130 km de Conakry. Par le passé, des actes de mutinerie sanglants ont déjà eu lieu en Guinée et ont fortement déstabilisé le pays. Un vol Paris-Conakry de la compagnie Air France a d’ailleurs été dérouté mercredi vers Dakar, capitale du Sénégal voisin. L’aéroport international de Conakry se situe tout près du camp Alpha Yaya Diallo.