La galère des étudiants africains au Luxembourg

Peu nombreux, les étudiants africains au ,Luxembourg doivent se battre chaque jour contre le climat, le coût trop élevé de la vie et les dures conditions d’études.

Sélectionnés après le baccalauréat sur la base d’un test organisé dans leurs pays, ces étudiants ne bénéficient d’aucune bourse de leurs gouvernements et peuvent ne pas en recevoir du Grand Duché du Luxembourg. Se nourrir, de vêtir, se loger, s’instruire et se déplacer constitue pour eux une équation difficile à résoudre.

D’un montant de 1.425 euros par trimestre, la bourse que certains d’entre eux obtiennent, après une sélection en début d’année, ne leur est pas garantie pour tout le reste de leur cursus. Il leur faut réunir 21 crédits à la fin d’un trimestre pour être sûr de bénéficier d’une autre bourse trimestrielle, ce qui n’est souvent pas évident surtout lorsqu’il s’agit de nouveaux venus.

«Nous comprenons que les autorités procèdent ainsi pour encourager l’excellence, mais il faut tout de même tenir compte de la réalité», a déclaré l’un d’eux. Selon ces étudiants, cette allocation ne leur permet pas de couvrir l’essentiel de leurs besoins. Pour se déplacer entre l’université et leurs résidences, les étudiants âgés de moins de 27 ans bénéficient d’une carte de transport qui n’est valable que pour ce trajet.

La résidence Lucilinburhuc abrite cinq étudiants africains, dont une femme, qui paient 200 euros de frais d’inscription à l’université. Selon les étudiants, ceux d’entre eux qui n’arrivent pas à payer le loyer sont parfois interdits de composition.

«Ce n’est pas juste qu’une université moderne comme celle du Luxembourg mélange les affaires sociales et académiques», a déploré le président de l’Association des étudiants noirs du Luxembourg, le Sénégalais Xavier Menga. « Nous sommes en pleine négociation avec les autorités et ferons tout pour que d’autres moyens de dissuasion soient trouvés sans pénaliser les fautifs sur le plan académique», a-t-il ajouté.

Pas de loyer, pas de diplôme

A titre d’exemple, les étudiants évoquent le cas d’un de leurs camarades camerounais qui a perdu une année d’études pour n’avoir pas payé ses frais de loyer.

A cause de coût des repas au restaurant universitaire, quatre euros le plat, les étudiants africains sont obligés de faire leur cuisine eux-mêmes.

Pour faciliter aux étudiants l’accès à Internet, l’université leur offre une connexion sans fil dans les résidences, mais charge à eux de se procurer d’un ordinateur.

« Survivre et étudier au Luxembourg n’est pas gagné d’avance », a déclaré M. Menga. « Un étudiant noir dépense en un an plus que toute une famille africaine en quatre ans. Le coût du loyer correspond au salaire d’un cadre moyen en Afrique », a ajouté le président de l’Association des étudiants africains du Luxembourg.

La vice- présidente de l’Association, une Camerounaise, dénonce, quant à elle, les textes de l’université, affirmant qu’ils ne permettent pas aux étudiants de travailler plus de deux mois par an. «Lorsque qu’un étudiant réussit à obtenir un contrat partiel selon les normes de l’université, il doit obtenir un permis de travailler sinon il va perdre le poste», a-t-elle ajouté.

«A la fin des études, aucune opportunité de travailler quelques temps ne vous est offerte si vous n’avez pas une nationalité européenne», a déploré une autre étudiante africaine résidant au campus de Kirchberg.

Les étudiants africains du Luxembourg, dont le nombre se chiffrait en 2006 à 132, proviennent de 13 pays.

Loin du continent, ces jeunes «ambassadeurs», ont tout mis en œuvre pour créer chacun dans son studio, une «mini-Afrique» et célèbrent ensemble les fêtes nationales de leurs pays.