La fureur de lire prend Ouaga

Alors que la Foire internationale du livre de Ouagadougou a ouvert ses portes samedi dernier, qu’en est-il du domaine de l’édition et de la place du livre au Burkina Faso ? Réponses avec le président de l’Association des éditeurs du Burkina Faso.

Ignace Hien est le président de l’Association des éditeurs du Burkina Faso (Assedif). D’abord homme de plume, il a toutes les difficultés du monde à faire éditer un manuscrit pourtant honoré d’un prix en 1988. Il décide d’aller voir un imprimeur et une fois le livre imprimé, fait du porte-à-porte pour vendre son ouvrage. C’est pour éviter ce genre de déboires à ses compatriotes qu’il se bat pour faire comprendre le rôle des éditeurs et aiguiller les écrivains. Après deux stages de formation à Tunis dans les années 90, il devient éditeur et fonde les éditions Graphiques Techniques Internationales (GTI), la première maison d’édition burkinabé. Il revient pour nous sur la place du livre et de l’édition dans son pays.

Afrik : Quelle est la place du livre au Burkina Faso ?

Ignace Hien : Le livre prend une place de plus en plus importante dans le pays depuis l’élaboration en juillet 2000 d’une politique nationale du livre. Il y a une prise de conscience tant dans le secteur privé que chez les autorités d’apporter une politique au développement du livre. Il faut notamment renforcer la capacité de production des outils pédagogiques de base.

Afrik : Et au niveau de l’édition ?

Ignace Hien : L’édition est dans un état embryonnaire au Burkina. Seuls quelques acteurs ont pris le risque de se lancer dans l’aventure. L’édition est une nouveauté sur le sol burkinabé. Jusqu’en 1995, le milieu de l’édition était détenu par des étrangers. Il y a cinq ans, deux maisons d’édition ont commencé à travailler. Les éditions Hamaria, spécialisées dans les livres scolaires et les éditions GTI, qui font de la littérature générale. Depuis, deux autres maisons de qualité ont vu le jour, ce qui permet aux auteurs d’avoir un débouché pour leurs manuscrits.

Afrik : Les éditeurs burkinabé ont même leur Association…

Ignace Hien : Oui, l’Assedif compte dix membres mais quatre seulement sont de véritables professionnels. Les six autres sont du côté de l’amateurisme et nous serons appelés à faire un écrémage prochainement. Mais lorsque nous avons créé l’Association, pour bénéficier de soutiens techniques, financiers et matériels, nous avons pensé que l’union fait la force et nous avons accepté tout le monde.

Afrik : La Foire internationale du livre de Ouagadougou contribue-t-elle à soutenir le milieu de l’édition ?

Ignace Hien : Absolument. Elle permet d’expliquer ce qu’est l’édition et de donner des conseils pour se faire éditer. Les auteurs pensent que s’ils ne se font pas éditer c’est parce-qu’ils n’ont pas assez d’argent. C’est faux. Ils confondent imprimeur et éditeur. Du coup, ils vont chez un imprimeur avec leur argent et ce dernier imprime le manuscrit tel quel, sans aucune correction de contenu et d’orthographe. Le capital d’un écrivain, c’est la qualité du contenu de son manuscrit. Si la qualité est là, il n’y a pas de raison que l’éditeur le refuse. La Foire permet de changer les attitudes face au milieu de l’édition et d’améliorer la qualité de la production littéraire du Burkina.

Afrik : Quels sont les livres qui ont le plus de succès au Burkina ?

Ignace Hien : Les lectures de prédilection des Burkinabé sont le roman, les contes et les nouvelles. La littérature enfantine est également très appréciée même si la production est assez étroite. La bande-dessinée est plutôt rare car les illustrateurs ne se sont pas encore lancés dans ce travail. La première BD burkinabé a été éditée cette année. Quant à la production en langue nationale, deux associations produisent un travail éditorial uniquement en langue nationale.

Afrik : Mais le prix de ces différents ouvrages reste encore prohibitif pour une grande partie de la population ?

Ignace Hien : C’est le gros problème. L’Assedif se bat pour amener le gouvernement à faire quelque chose pour que le livre soit accessible au lecteur moyen. On ne pourra pas développer l’édition tant que les gens n’achèteront pas les livres. L’éditeur est sans cesse tiraillé : tirer un grand nombre d’exemplaires pour que le prix de vente ne soit pas trop élevé mais écouler la production sur au moins 5 ans ou publier un petit nombre d’exemplaires pour les vendre plus rapidement, mais aussi beaucoup plus cher… C’est un vrai casse-tête. Il y a beaucoup de problèmes, mais ceux-ci peuvent être résolus en partie par l’application complète de la politique nationale de juillet 2000.