La colère et les pierres

L’Afrique est dans la rue, aux côtés des Palestiniens. 20 000 manifestants à Khartoum, 20 000 au Caire, 5 000 à Casablanca… Quelques milliers dans les rues de Rabat, de Tunis, d’Alger, de Tripoli mais aussi de Dakar, Lomé, Lagos ou même Port-Louis. Le cantique des pierres résonne de mille voix sur le continent. Mouvement d’indignation, dans le meilleur des cas, de colère ou de haine.

Emotion au Sénégal. Devant l’ampleur du drame, un Comité d’initiative pour le règlement du conflit israélo-palestinien se met en place. Spontanément. Naturellement. Objectif :  » soutenir les importantes initiatives déjà prises par les autorités sénégalaises, leur remettre solennellement un mémorandum et surtout susciter une adhésion populaire pour instaurer une paix durable dans cette partie du monde « . Mouvement admirable. Ong, associations et simples citoyens se mobilisent pour la cause d’autres musulmans, d’autres hommes. Pour la paix.

Mais le ton monte. Et l’indignation des Dakarois peut paraître falote face à l’inhumanité armée qui envahit les territoires palestiniens. On peut être patient, ou on peut compter les morts. Au Caire les manifestants réclament la fermeture de l’  » ambassade de la honte « . Au Nigeria, le ministre des Affaires Etrangères parle de  » terrorisme d’Etat  » pour qualifier la politique israélienne. Le gouvernement s’attire d’ailleurs la colère des musulmans du Nord du pays par ces propos jugés encore trop modérés.

Le Maroc, allié traditionnel des Etats-Unis, contient à peine la furie anti-américaine qui s’empare de son peuple. Celui-ci dénonce  » la collusion criminelle des Etats Unis avec l’Etat hébreu « .  » Massacre des populations civiles palestiniennes « .  » Crimes perpétrés par Israël « . Bribes encore intelligibles du discours que la foule adresse à ses dirigeants. La société civile explose et prend à parti ceux qui prétendent la représenter.

Jusqu’à la guerre.  » Non à la paix, oui au Jihad « , rugissent les étudiants soudanais. Le sang appelle le sang. Khadafi ouvre ses frontières. Que tous les Libyens qui le souhaitent puissent aller se battre auprès de leurs frères…

A s’acharner contre un pays, Israël pourrait s’attirer les foudres d’un continent. En Afrique, des plus modérés aux plus radicaux, on a déjà pris parti.