La Bible dans ma langue

La Bible a été entièrement traduite dans près de 150 langues africaines. Ceci grâce à l’Alliance Biblique Universelle (ABU), structure administrative de la fédération des alliances et sociétés bibliques dispersées à travers le monde. La démarche toute particulière de l’organisation permet à des millions de chrétiens d’avoir accès, dans leur langue, à la parole de Dieu.

Wolof, lingala, fon, yoruba, zulu, dioula, swahili et bien d’autres, moins connues, sont des langues dans laquelle la Bible a été traduite dans sa totalité. Elles sont ainsi près de 150 langues africaines à jouir de ce privilège et plus de 650 à bénéficier d’une traduction partielle. Ce travail majeur a été réalisé grâce à l’Alliance Biblique Universelle (ABU), émanation administrative des sociétés et alliances bibliques présentes partout dans le monde. La première traduction d’une Bible en Afrique remonte à l’an 600 : c’est celle du ge’ez en Ethiopie. En 1835, ce sera au tour de la langue malgache et en 1848, celle du yoruba. La première traduction de la Bible en Afrique francophone, qui date de 1913, est en ewé (Togo).

Un travail hardu

« La traduction de la Bible en yoruba est l’une des plus vieilles au monde, explique Phil Noss, coordinateur du service traduction de l’ABU. Elle a été initiée par un ancien esclave Samuel Alayi « Crowther », devenu homme d’église, pour le baptême de sa mère ». L’homme avait alors rassemblé, à l’époque les experts bibliques disponibles. Une démarche qui s’apparente à celle de l’ABU, qui contrairement à l’œuvre missionnaire, ne décide pas de mettre en œuvre une traduction biblique. « Nous répondons au souhait des églises locales, indique Phil Noss. Compte-tenu du fait que nos ressources sont limitées, on préférera travailler sur une langue usitée par 10, 100 000 ou encore 1 000 000 de personnes que sur celle parlée par une dizaine de personnes ». Il existe près d’une quarantaine d’alliances bibliques en Afrique.

Pour répondre à cette aspiration légitime, l’ABU met à disposition des communautés concernées son expertise dans le domaine de la traduction. L’existence d’une orthographe, même sommaire, demeure un préalable à ce travail. Joachim Some compte parmi la vingtaine de conseillers en traduction évoluant sur le continent. Le linguiste qui opère sur trois pays, à savoir le Bénin, le Burkina Faso et le Togo, explique ses missions. « Mon travail consiste, tout d’abord, à identifier des personnes capables de travailler à la traduction de la langue, de superviser les équipes ainsi constituées en les formant et en les informant ». La politique de l’alliance est de choisir des traducteurs dont la langue de travail est la langue maternelle. Certains d’entre eux suivront éventuellement des cours à l‘Université hébraïque de Jérusalem qui dispose depuis peu d’un cours en français. Un soulagement pour les pays francophones africains moins bien lotis dans le domaine que les anglophones.

Mais que de joie !

Le conseiller en traduction est également garant de la cohésion entre les parties prenantes à la traduction. En effet, « les traducteurs sont soutenus par une équipe de réviseurs sélectionnés dans la région. Leur rôle est très important dans la mesure où une langue peut se décliner en 4 ou 5 dialectes. Le travail des traducteurs leur est soumis et ils émettent alors des suggestions. Le groupe de réviseurs est constitué de 15 à 30 personnes issus d’horizons divers et de tous âges. Ils ont généralement une bonne connaissance de la Bible. Ce sont des pasteurs, des prêtres, des catéchistes …. », Affirme Joachim Some. Le dernier membre du trio est un comité consultatif. « Il est composé de hauts dignitaires de la communauté chretienne locale, poursuit-il. Le comité est généralement interconfessionnel. Son rôle est décisif : il apporte une caution morale à notre travail. »

La tâche n’est souvent pas aisée en Afrique et la traduction de la Bible peut ainsi prendre un vingtaine d’années alors qu’elle ne dure qu’une dizaine d’années en Occident. Celle de l’Ancien Testament est la plus longue. Le Nouveau ne représente, en effet, qu’un quart de la totalité du livre saint et peut prendre 3 à 5 ans. « Si en Hollande, on souhaite traduire la Bible, il sera facile de trouver des dizaines de docteurs en études bibliques. Ce n’est pas le cas pour les langues africaines. Les traducteurs et conseillers en traduction sont difficiles à trouver », note Joachim Some. L’absence de ressources matérielles adéquates explique également la durée de la traduction. « Il n’est pas rare que nous travaillions avec un matériel obsolète car un ordinateur coûte en moyenne 1 500 000 F CFA (environ 2 300 euros). Ce qui représente déjà un investissement important pour les instigateurs du projet ». Ces derniers participent à hauteur de 50% au financement de l’opération. L’ABU, qui prend en charge ses experts, la publication et l’impression des versions traduites, est financée par les dons des chrétiens de la planète.

Document sacré, œuvre inestimable

Le coût d’une traduction est néanmoins difficilement chiffrable. « En Europe, c’est très cher, en Afrique du Sud, un peu moins…. Cela dépend du niveau des salaires et du temps mis pour effectuer la traduction, indique Phil Noss. Pour vous donner une idée, imaginez le poids financier induit par le fonctionnement d’une équipe de trois personnes pendant trois ans… » Mais le jeu en vaut la chandelle. « La mise à disposition d’une Bible est un évènement très important. C’est une vive émotion pour les populations de voir un document sacré comme la bible exister dans la langue de leurs ancêtres alors que celle-ci est souvent inconnue ou méprisée. Cela inscrit le peuple dans l’histoire universelle. En plus, chacun peut disposer de son exemplaire dans sa langue maternelle. »

Phil Noss se souvient encore de l’émotion des Gbayas (Cameroun) lorsque la Bible a été disponible dans la langue. Une traduction à laquelle il avait participé. « Un jeune avait réalisé une sculpture. Elle représentait un éléphant terrassé par un chasseur. Chez les gbayas, un peuple de chasseurs, l’éléphant est la proie la plus prisée. On dit de sa trompe qu’elle peut nourrir tout un village. A travers la sculpture, l’artiste voulait signifier que la Bible était l’éléphant qui allait nourrir tout le monde ». La faible diffusion du produit fini et l’analphabétisme dans les langues locales viennent parfois saper ce travail titanesque et inestimable. Ce qui n’empêche en rien l’ABU de poursuivre son œuvre. Il le faut bien car l’Afrique compte quelques 1 500 à 2 000 langues.