L’Union Africaine face à la crise zimbabwéenne

Après la 6ème réélection controversée de Robert Mugabe, la communauté africaine se fait entendre et tente de trouver une solution à la crise politique que traverse le Zimbabwe. Elle devrait aborder le problème ce lundi, lors du 11ème sommet de l’Union Africaine qui se déroule en Egypte, en présence du président zimbabwéen.

Elu vendredi pour un sixième mandat, avec près de 90% des voix, le président Robert Mugabe, unique candidat au second tour des présidentielles après le retrait de l’opposant Morgan Tvangirai [[Théoriquement l’élection opposait le président, au pouvoir depuis 1980, au chef de l’opposition Morgan Tsvangirai, arrivé en tête au premier tour avec 47% des voix. Face aux pressions du parti présidentiel, la Zanu-PF, l’opposant s’est retiré de la course pour éviter des violences sur ses partisans]], n’est pas pour autant légitimé dans ses fonctions par la communauté internationale.

L’ancien héros indépendantiste jouit encore d’une relative notoriété sur le continent africain. Le président sud-africain, Thabo Mbeki, par exemple, ne l’a jamais désavoué. Cependant, les principaux représentants de la communauté internationale condamnent sans appel la « mascarade d’élection » qu’a orchestrée le président du Zimbabwe. Sa réélection a notamment été jugée illégitime par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon.

Vers une solution à la kenyane ?

Fort du soutien de la majorité de l’opinion internationale, le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a appelé le président Mugabe a négocier.
Il proposait ce week-end, dans une interview accordée au Sunday Telegraph britannique, l’élaboration d’une nouvelle constitution ainsi qu’un nouveau scrutin. Allant même jusqu’à laisser en place, à un poste honorifique, le chef de l’Etat jusqu’à obtention d’un compromis : « Nous devons amener le vieil homme à la table des négociations le plus vite possible », a-t-il déclaré.

Les chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union africaine (UA), réunis au palais des congrès de Sharm-El-Cheikh pour leur 11ème sommet ordinaire, semblent abonder aussi dans le sens d’une négociation. Ils devraient relancer aujourd’hui le débat sur le partage du pouvoir entre la Zanu-PF du président et le MDC de l’opposition.

Cependant, ils pourraient opter pour que Morgan Tsvangirai soit nommé Premier ministre. C’est en tout cas, selon RFI, ce que défend Thabo Mbeki, le Président Sud Africain proche de Robert Mugabe et médiateur régional pour le pays.

Une position qui ne convient pas à l’opposition zimbabwéenne qui accuse Thabo Mbeki de vouloir légitimer la présidence de Robert Mugabe. « J’ai reçu des informations selon lesquelles le président Mbeki presse l’Union africaine de prendre cette décision(…) Promouvoir Mugabe dans ces circonstances va à l’encontre de l’opinion majoritaire de la communauté internationale, ignore le sentiment des Zimbabwéens et sape une fois de plus sa crédibilité en tant que médiateur », a déclaré Morgan Tsvangirai, dans une interview au journal sud-africain Sunday Times paru dimanche et citée par France Info.

Tolérance à l’égard de l’ancien héros

Sans avaliser les violences et les tensions dans lesquelles se sont déroulées les élections, certaines langues se sont déliées, vendredi, au Nigeria, lors de la conférence consacrée aux pouvoirs locaux en Afrique réunie, pour expliquer la modération de la position de la communauté africaine : « Il ne faut pas oublier que Mugabe, autrefois, a combattu l’apartheid, le pouvoir blanc en Afrique australe. C’est cela aussi que les Britanniques et autres Européens ne peuvent lui pardonner. C’est sur l’insistance de la Grande-Bretagne qu’il a été chassé du Commonwealth, et par la suite il a été diabolisé. » a déclaré Moussa Demba Sow, le maire de Kayedi en Mauritanie au journal suisse Le Temps

Tandis que le maire de Bamako, au Mali précisait : «Il faut tenter de comprendre pourquoi Mugabe dérange. Rappeler l’arrivée de la Chine sur le continent, qui s’installe dans des pays comme le Zimbabwe, le Soudan et bouscule les positions d’autres puissances. C’est peut-être pour cela qu’on veut que Mugabe s’en aille, parce qu’à travers lui c’est la Chine que l’on va tenter de faire reculer. L’Afrique revient en première ligne de la lutte entre les puissances, et c’est cela qui explique les passions au sujet du Zimbabwe et de son président.»

Assane Khalifa Babacar Mboup, historien et maire de Kebemer, au Sénégal a pointé le manichéisme de la presse occidentale qui brouille la compréhension de la crise : « Tout de même, l’Afrique ce n’est pas ça, en s’accrochant ainsi au pouvoir, il (Mugabe) abîme et déforme l’image de l’Afrique. Mais nous sommes responsables nous aussi de cette distorsion, car nous, les Africains, nous ne sommes pas producteurs d’information, nous sommes submergés par des lignes éditoriales décidées ailleurs.»

Elizabeth Mushiri, journaliste kényane spécialisée en communication d’entreprise, assure que: «Cet homme est un monument historique. Nous savons ce qu’il a représenté. Mais le Zimbabwe a besoin à la fois de changement et de stabilité. Ce vieux président, il ne faut pas l’humilier, le bousculer, même s’il serait temps qu’il parte. Et peut-être serait-il bon aussi d’écouter ce qu’il a à dire.»

L’Union Africaine n’a pas encore dévoilé sa position sur les troubles qui agitent l’ex-Rodhésie du Sud. La pression de la communauté internationale pourrait la faire sortir de sa réserve lors de son 11ème sommet. Mais il semble que, plutôt que de condamner la réélection de Robert Mugabe comme les pressent à le faire Nations Unies et les pays occidentaux, ses membres soient en majorité enclins à privilégier une solution de conciliation.

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