L’islamisation de la Centrafrique ? Michel Djotodia dément

Lors de sa rencontre, le 27 mai 2013 avec les responsables des confessions religieuses de Bangui, le président de la transition, Michel Djotodia Am Nondroko a nié en bloc avoir envoyé une quelconque lettre que ce soit à la communauté musulmane pour l’aider dans sa prise de pouvoir. Des responsables affirment le contraire.

(De notre correspondant à Bangui)

« Les mensonges portent des fleurs, mais pas des fruits » a déclaré le président de la transition, Michel Djotodia pour nier la véracité de la persistante rumeur selon laquelle il aurait envoyé une lettre à la communauté islamique, en vue de l’aider dans son projet de prise du pouvoir en République centrafricaine et en récompense la conquête islamique du pays. En effet, depuis la rentrée de la coalition séléka, le 24 mars dernier, circule à Bangui une rumeur selon laquelle, séléka porte en arrière-plan un projet d’islamisation de la République centrafricaine. Des documents sont mis en circulation à ce sujet dont la lettre de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) de Djotodia à tous les musulmans de Centrafrique. Parlant de ce dernier document déjà en notre possession, il est indiqué que la population musulmane doit s’unir en un, et combattre en vue d’imposer l’islam en République centrafricaine, afin que par exemple les fêtes musulmanes comme le Tabaski soient reconnues comme nationales et autres. Mais, en ce qui concerne la probable lettre de Djotodia à la communauté islamique, le patron de la séléka aurait voulu solliciter à travers cette lettre, l’appui de cette communauté pour avoir les moyens de sa lutte. Et qu’en contrepartie, la République centrafricaine serait conquise au nombre des pays musulmans.

En outre, au moment de cette rentrée de la sékéka à Bangui, la toute première impression que l’on pourrait avoir, c’est que la communauté musulmane s’est, du coup, appropriée la victoire ; même la grande marche de soutien à séléka avait vu la participation de plus de 80% des musulmans. Qu’à cela ne tienne, les pillages qui ont suivi la date du 24 mars cachent mal la visée islamiste de cette rébellion de la séléka, avec des cibles exclusivement chrétiennes. Les chrétiens, les structures et biens des églises ont été systématiquement pillés et profanés, alors qu’aucune mosquée, ou des sujets musulmans n’ont été visés.

Prise de conscience tardive, mais murie des autorités ecclésiastiques

Très rapidement, les responsables des églises protestantes et catholiques se sont rendus à l’évidence : c’est une guerre confessionnelle. Sans hésitation, les pasteurs des églises des Frères ont été les premiers à taper du poing sur la table de Djotodia à travers une lettre ouverte adressée à ce dernier au sujet de son mutisme concernant la rumeur d’une lettre qu’il aurait envoyée à la communauté islamique. Un peu plus tard, vient le tour des évêques de l’église catholique de Centrafrique de saisir Djotodia sur le même sujet par un mémorandum dans lequel, ils exigent de lui, des explications sur cette fameuse lettre. Car, ils estiment que l’orientation des exactions et pillages ciblés contre l’église catholique et ses biens corroborent bel et bien la rumeur en question.

Jusqu’à ce jour, il y a une persistance dans ces actes perpétrés par les éléments de la séléka exclusivement sur les biens des églises catholiques et protestantes. Le dernier en date est la tentative échouée de pillage dans la paroisse Saint Sauveur de Bangui, le 24 mai 2013, où les éléments de séléka sont venus pour la deuxième fois manquer le curé de la paroisse, l’abbé Marc Belikassa.

Djotodia brise enfin le silence

Enfin, Djotodia s’est prononcé sur le sujet. « C’est de la manipulation et du pur mensonge. Vous savez que les mensonges portent souvent des fleurs, mais pas des fruits », s’est-il justifié aux nombreuses personnalités ecclésiastiques présentes à cette rencontre. Il les a rassurées qu’il veillera de manière stricte à la laïcité de l’Etat centrafricain.

Rappelons que le président tchadien Idriss Déby Itno a, d’ores et déjà mis la puce à l’oreille de Djotodia, lors de sa première sortie officielle à travers la sous-région au sujet de la laïcité de la RCA. Entre-temps, depuis le 24 mars 2013, Djotodia tente vainement de convaincre sur le respect de cette laïcité. On l’a vu participer aux cultes dans différentes confessions religieuses, notamment catholiques et protestantes, et à chaque occasion, il promet de tout faire pour garder la laïcité aux croyants centrafricains. Seulement, ses éléments n’ont cessé de le trahir en commettant chaque jour des exactions et pillages sur les biens des chrétiens et des églises non musulmanes. Le chemin est encore long pour en avoir le cœur net, mais l’avenir nous en dira plus.