L’Euro est anti-africain

Le Franc français et la nouvelle monnaie européenne, l’Euro, maintiendraient l’Afrique dans une pauvreté structurelle. Pour l’économiste ivoirien Nicolas Agbohou, il faut que l’Afrique répudie au plus vite le Franc CFA et adopte une nouvelle monnaie communautaire si elle veut réellement sortir du colonialisme.

Nicolas Agbohou part en croisade contre le Franc CFA. Selon ce professeur ivoirien, docteur en économie politique et enseignant en France, le Franc CFA et l’Euro contribuent à l’appauvrissement structurel de l’Afrique. Dans son livre, Le F CFA et l’Euro contre l’Afrique, il démontre que les 15 pays de la zone CFA sont encore très loin d’avoir leur indépendance monétaire. Interview.

Afrik : Votre livre est un véritable réquisitoire contre l’Euro et le Franc CFA. Pourquoi ces deux monnaies seraient-elles contre l’Afrique ?

Nicolas Agbohou : Fondamentalement, les institutions financières qui gèrent le Franc CFA, les banques centrales, sont contre l’Afrique. Les conseils de l’administration de la BCEAO (Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest), de la BEAC (Banque des Etats d’Afrique centrale) et de la Banque des Comores, sont dominés par les Français qui bénéficient d’un droit de veto. Les Comores ne maîtrisent pas leur économie car il y a quatre Français à la Banque centrale et quatre Comoriens. Comme les décisions doivent être prises à l’unanimité ou au moins par cinq personnes, il suffit qu’un Français soit contre le projet pour que tout tombe à l’eau. Il faut que les Africains n’oublient pas que le Franc CFA est une monnaie française.

Afrik : Mais au-delà de cet aspect, pourquoi le Franc est-il contre l’Afrique ?

Nicolas Agbohou : Il est important que les Africains soient libres de mener une politique monétaire qui réponde à leurs attentes. Les 15 pays de la zone franc sont obligés de laisser en dépôt en France 65 % de leurs recettes d’exportation appelées  » réserves de change « , pour garantir la stabilité de leur monnaie.

Un pays comme le Niger, qui n’arrive pas à payer ses fonctionnaires, s’il exporte des produits, par exemple, pour une valeur d’un milliard de dollars, doit automatiquement laisser en France un dépôt de 650 millions de dollars. C’est absurde ! Pendant ce temps-là, les Nigériens meurent de faim ! Il y a également des dispositifs techniques qui font du Franc CFA un outil d’appauvrissement et de colonisation permanents.

Afrik : Quels sont ces dispositifs ?

Nicolas Agbohou : Il faut rappeler que Franc CFA, à l’origine, s’appelait Franc des colonies françaises d’Afrique. Comme son nom l’indique, c’est la France qui en tire le plus grand bénéfice. Les principes qui régissent cette monnaie sont la libre transférabilité, la libre convertibilité et la centralisation d’échanges. En clair, la libre transférabilité favorise la fuite des capitaux africains. Et quand un pays ne possède pas d’épargne, il se retrouve avec une dette extérieure qui l’étrangle.

Afrik : Qui sont les personnes qui exportent leurs capitaux ?

Nicolas Agbohou : Certains dirigeants et ceux que j’appelle les néo-coloniaux. N’oubliez pas que la première décision que François Mitterrand a prise, lors de son accession au pouvoir, a été d’interdire la fuite des capitaux. Mais l’Afrique est doublement pénalisée. Non seulement, elle doit faire face à la fuite des capitaux mais elle est tenue de racheter sa propre monnaie. Plus clairement, les dirigeants africains arrivent à Paris avec des valises pleines de Francs CFA qu’ils échangent contre des francs ou des dollars. Mais les Banques centrales africaines sont obligées de racheter ces Francs CFA que les dirigeants ont laissé en France et que la France ne veut pas conserver. Et elles doivent le faire avec des devises fortes ! D’où les 65 % des recettes sur les exportations qui restent en dépôt.

Afrik : Et pourquoi l’Euro est-il si contraire, selon vous, aux intérêts africains ?

Nicolas Agbohou : Avant l’arrimage du Franc CFA à l’Euro, seule la France avait droit de regard sur nos économies. Maintenant c’est toute l’Europe ! Pis, les mesures draconiennes de Bruxelles sont incompatibles avec les besoins de nos économies. Il faut répudier au plus vite le Franc CFA.

Afrik : Que proposez-vous en échange ?

Nicolas Agbohou : Aucun pays ne peut se développer sans indépendance monétaire. Nous avons besoin d’une nouvelle monnaie communautaire qui ne soit pas dirigée de l’extérieur. Il faut jeter à la poubelle les principes qui régissent le Franc CFA. L’Afrique a besoin d’une politique monétaire qui réponde à ses propres besoins et intérêts.

Nicolas Agbohou vient de publier Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique aux Editions Solidarité mondiale A.S.

Contact : 01 30 49 08 71

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