L’Afrique, rongée par le sida

L’Afrique subsaharienne est la région du monde où l’on meurt le plus du sida. C’est la conclusion alarmante du rapport de l’Onusida, sorti le 2 juillet dernier. Alors que la XIVème Conférence internationale sur le sida vient de s’ouvrir à Barcelone, retour sur la situation du Continent.

L’Afrique subsaharienne est la région de la planète la plus touchée par le sida. Elle compte 70% des 40 millions de porteurs du VIH dans le monde. Alors que s’ouvrait dimanche la XIVème Conférence internationale sur le sida, à Barcelone, un rapport des Nations Unies révèle, le 2 juillet, des chiffres alarmants sur la situation de l’épidémie en Afrique.

28,1 millions d’Africains sont aujourd’hui séropositifs, l’Afrique ayant enregistré 3,5 millions de nouvelles infections en 2001. Les taux de prévalence sont supérieurs à 20% en Afrique du Sud (20,1%), en Zambie (21,5%), en Namibie (22,5%), au Lesotho (31%), au Swaziland (33,4%), au Zimbabwe (33,7%) et au Botswana (38,8%). L’Ouganda est le seul pays de la région à avoir maîtrisé l’épidémie : le pourcentage d’adultes porteurs du virus baisse régulièrement.

Plus de morts que de naissances

Alors que sans le sida l’espérance de vie en Afrique noire serait de 62 ans, elle est tombée il y a quelques années à 47 ans. Elle est inférieure à 40 ans dans sept pays, essentiellement à cause du sida, souligne le rapport. Au Botswana, 38,8% des adultes sont porteurs du VIH. L’espérance de vie y est de 39 ans, contre 72 ans si on excluait la mortalité liée à la maladie. D’ici 2010, il y aura plus de morts que de naissances au Botswana, au Mozambique, au Lesotho, au Swaziland et en Afrique du Sud. Au Zimbabwe et en Namibie, la croissance de la population sera proche de zéro. En l’absence de prévention et de traitement de masse, 55 millions d’Africains pourront prématurément mourir du sida d’ici à 2020.

 » L’épidémie de sida est toujours à ses débuts. On le savait pour l’Asie et l’ex-Union soviétique mais en plus elle ne donne aucun signe d’essoufflement dans les pays les plus gravement atteints, c’est-à-dire en Afrique Australe « , ne manquait pas de rappeler Peter Piot, directeur exécutif d’Onusida (le programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida), lors de la séance d’ouverture de la Conférence de Barcelone.  » Au Zimbabwe, par exemple, un tiers des adultes sont séropositifs contre un quart deux ans auparavant.  »

Catastrophe sans précédent

Pour combattre la maladie dans ces pays, il faudrait 10 milliards de dollars par an pendant 10 ans. Un chiffre loin d’être atteint. A la mi-2002, les projections des dépenses dans les pays à revenus faibles et moyens atteignaient 3 milliards de dollars pour l’année, une somme largement assurée par l’aide internationale. Les promesses des donateurs pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (instrument de financement en activité depuis janvier 2002) ne dépassaient pas les 2 milliards de dollars en avril dernier.

Pourtant, le rapport pointe aussi quelques réalisation positives, comme le programme plurinational de lutte contre le VIH/sida en Afrique, mis en place en 2001 et géré par la Banque mondiale. Il offre aux gouvernements des prêts sans intérêt sur plusieurs années. Prêts qui sont transmis aux organisations et à la société civile sous forme de subventions. La première étape de ce programme, financé à hauteur de 500 millions de dollars, vient actuellement en aide à 13 pays d’Afrique subsaharienne.

Pour autant, ce rapport  » fournit la preuve éclatante que le VIH, laissé à son cours naturel, sera à l’origine d’une catastrophe sans précédent « , rappelle le Dr Piot dans sa préface. 1 minute pour lire ce texte et 6 personnes viennent de mourir du sida dans le monde. Combien en Afrique ?