L’Afrique glisse sur sa peau de banane

Les Américains et les Européens sont tombés d’accord sur les quotas d’importation de la banane au sein de l’Union Européenne. Les pays Afrique Caraïbes Pacifique (ACP) se préparent à défendre au mieux leurs intérêts.

La guerre des bananes entre Européens et Américains est finie, depuis jeudi dernier, 12 h et les principales victimes sont en Afrique dans les pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique). Le compromis prévoit en effet une réduction du quota annuel ACP de 100 000 tonnes.

Les pays ACP n’ont pas encore exprimé officiellement leur position. Selon le responsable de la communication du secrétariat,  » deux éléments sont à noter : la règle du  » premier arrivé, premier servi « , à laquelle nous nous sommes opposés avec véhémence, eu égard à la concurrence latino-américaine, n’est pas retenue. Néanmoins la période transitoire de cinq ans reste courte, en dépit de l’application de  » références historiques  » – terme sur lequel nous attendons, en outre, des précisions.  »

Le conflit bananier entre Américains et Européens date de 1993, année de la création du marché unique. Des quotas issus de la convention de Lomé signée entre la France et les pays (ACP) ont été ainsi étendus à l’Allemagne. Les pays peuvent exporter vers l’Union Européenne 857 700 tonnes, par an, de bananes taxées à 0%.

De cela, ont été exclus les pays d’Amérique Latine, exportateurs de bananes. Conformément aux règles de libre-échange édictées au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce fonctionnement sera jugé discriminant par les Etats-Unis dont certains groupes sont au centre du négoce du fruit exotique sur le globe, à l’image de Chiquita, firme aujourd’hui minée par les dispositions européennes concernant la banane.

Des Américains moins hostiles

 » Nous menons des négociations, dans le cadre de  » l’initiative du bassin caribéen « , avec les Américains qui ne sont pas aussi catégoriques que semblent l’indiquer les Européens. La position de l’administration Clinton, ces dernières années, le démontre bien. D’autant plus que l’extension des goûts germaniques aux pays de l’Est confère encore de beaux jours à la banane dollar « , dixit le porte-parole du secrétariat ACP.

Les nouveaux quotas sont plus favorables aux Caraïbes, mais ils tiennent compte de l’importance, dans chaque pays, de l’industrie bananière. La banane, comparée au cacao, est un produit secondaire pour la Côte d’Ivoire, alors qu’il est vital pour Sainte Lucie.

 » La solidarité est une carte maîtresse dont disposent les pays ACP, et que nous souhaitons faire valoir, notamment au sein de l’OMC, où la recherche d’alliés est stratégique. Nous entendons jouer un rôle de plus en plus actif pour défendre nos intérêts. Et ceci à l’heure où le libre- échange pur et dur s’éclipse pour faire place à une prise en compte du fait social dans la conduite des relations économiques « , conclut-on au secrétariat bruxellois de l’organisation.

Ce n’est pas un pari gagné d’avance.