L’africapitalisme : l’avenir de l’Afrique


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Carte d'Afrique

Le capitalisme en Afrique est souvent décrié du fait de ses déviances, notamment le copinage entre les gouvernants et les entreprises, les appels d’offre truqués, la corruption… Tout cela n’a pas favorisé le développement.

Dans son article, Kenneth Amaeshi, propose de contextualiser le modèle capitaliste en tenant compte des valeurs africaines notamment, plus d’inclusion et de partage. L’auteur fait un véritable plaidoyer pour un africapitalisme où la richesse proviendra essentiellement du secteur privé.

Les Africains se sont depuis longtemps engagés dans un système capitaliste, cependant, le type de capitalisme introduit par les colons n’a pas toujours été contextualisé. La solution est-elle l’africapitalisme (Terme inventé par le banquier et entrepreneur nigérian Tony Elumelu) ? Qu’est-ce exactement ? C’est une philosophie économique qui traduit l’implication du secteur privé dans la transformation économique de l’Afrique par le biais d’investissements générateurs de prospérité économique et de richesse sociale.

Repenser le capitalisme en Afrique

La crise de développement dont souffre l’Afrique est due aux systèmes politiques et économiques, hérités de la colonisation, qui n’ont pas encore été correctement réformés. La plus grande partie de l’Afrique est paralysée par des institutions faibles, une gouvernance médiocre et des sociétés civiles en détresse. L’incapacité de l’État ou du secteur privé à tenir leurs engagements a conduit ces dernières années à plaider pour une meilleure collaboration et un meilleur partenariat entre l’État, les entreprises et la société civile. Cela est nécessaire si l’on veut s’attaquer aux problèmes de développement du continent.

Le capitalisme en Afrique est associé à un Etat fort, au sens où il dispose d’un pouvoir important, très centralisé. La société civile est faible et dépendante du pouvoir en place. Peu d’efforts ont été faits pour contextualiser les politiques capitalistes. Le copier-coller a été préféré à la prise en compte de la culture africaine.  Notons qu’une étude est en cours en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Nigéria et en Afrique du Sud dans le cadre d’un partenariat regroupant neuf universités. Son objectif est de repenser le capitalisme en Afrique en mettant l’accent sur le rôle des dirigeants d’entreprise, des investisseurs et des entrepreneurs dans le développement du continent.

Les valeurs portées par l’africapitalisme

L’africapitalisme est malheureusement encore resté au stade de l’idée et du discours. Il repose sur quatre valeurs fondamentales :

1. Un sens du progrès et de la prospérité: Il ne s’agit pas seulement de l’absence de pauvreté, mais de la présence de conditions qui rendent la vie plus épanouissante. Ceux-ci incluent l’accès à une éducation de qualité, à la santé, au capital social et aux institutions démocratiques. Ceci est extrêmement important pour un continent avec des conditions humaines extrêmement négatives. Le projet Africapitalism s’est engagé à les améliorer par la promotion d’un entrepreneuriat responsable et d’un environnement des affaires favorable.

2. Un sens de la parité et de l’inclusion: la prospérité doit être partagée équitablement. Il est facile de créer de la richesse nourrissant de fortes inégalités. L’africapitalisme quant à lui repose sur une croissance inclusive. En d’autres termes, il s’agit de promouvoir une forme d’entreprise qui cherche à créer de la richesse financière et sociale incluant toutes les parties prenantes. Comment ? On peut citer l’exemple d’une entreprise d’agroalimentaire ougandaise, Good African. L’entreprise réinvestit 50% de ses bénéfices dans le bien-être des producteurs et leurs communautés.

3. Un sentiment de paix et d’harmonie: la poursuite simultanée du profit et de la richesse sociale est avant tout une quête d’équilibre, d’harmonie et de paix. L’africapitalisme partage des valeurs similaires avec le mouvement du développement durable. Cela pourrait se résumer comme suit: «… un processus de développement humain… de manière inclusive, connectée, équitable, prudente et sûre».

4. Un sentiment d’appartenance : étant donné que l’africapitalisme cherche à se consolider en Afrique, un continent en voie du développement, il repose sur un fort sentiment d’appartenance et d’ancrage géographique. Il considère l’Afrique comme un lieu, et non comme un simple marché, et prend en compte les personnes en tant qu’individus et pas seulement comme des consommateurs potentiels.

Le potentiel de l’africapitalisme

L’africapitalisme est en fait l’idée d’un possible visage du capitalisme en Afrique. C’est une sorte d’idéal de capitalisme contextualisé, tenant compte des valeurs du continent. Présenté comme tel, il devient une aspiration à la renaissance de l’Afrique. Il remet en question le statu quo et les déviances comme que le capitalisme de copinage qui n’a pas transformé positivement le continent et qui bien au contraire a développé la prédation économique, la corruption, les inégalités et la pauvreté.

Comment propager l’africapitalisme ?

Si l’on accepte l’africapitalisme comme une vision du continent, l’éducation est un moyen de le généraliser. Ses principes doivent être fermement ancrés dans les programmes des écoles de commerce en Afrique. Un autre moyen de le promouvoir consiste à mettre en place des incitations gouvernementales et des politiques favorables à l’initiative privée. Il est également possible d’utiliser l’opinion publique et de mettre en place des systèmes de récompense pour inciter les entreprises à intégrer l’africapitalisme à leurs pratiques quotidiennes. Surtout, le moyen le plus rapide est de mobiliser «une génération d’entrepreneurs du secteur privé qui a la vision, les outils et l’opportunité de façonner le destin du continent». C’est exactement ce que le programme d’entreprenariat Tony Elumelu, les programmes d’entreprenariat africain soutenus par le Duc de York KG, l’entrepreneur Aliko Dangote et l’ancien Président nigérian Olusegun Obasanjo, essayent de faire.

Il reste à espérer que l’africapitalisme finisse par s’imposer comme un nouveau système économique répondant véritablement aux besoins de développement de l’Afrique. Certes le changement et la nouveauté font toujours peur mais, le continent Afrique s’imposant comme le dernier fief de la pauvreté, le risque du changement est bien faible. Pourquoi donc ne pas oser ?

Kenneth Amaeshi est professeur associé de stratégie et de commerce international à l’Université d’Edimbourg.

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