L’adieu à Jean-Baptiste Tati Loutard

Jean-Baptiste Tati Loutard a été inhumé dimanche 19 juillet parmi les siens, à Ngoyo, dans la région du Kouilou. Mort à Paris, sa dépouille est arrivée à Brazzaville deux jours plus tôt. Le Congo tout entier lui a rendu un hommage appuyé, notamment samedi matin, au palais du parlement, en présence du chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso.

« Ce qui clôt une aventure arrête toute débandade, transmue un echec politique en ferment mythique, une gabegie en épopée, écrit Regis Debray dans Le Moment Fraternité. » L’auteur de Fantasmagories a en effet quitté « le bilan pour le rêve ». L’heure n’était ni à la critique ni au droit d’inventaire, mais au receuillement. Tous les Congolais, dans leurs différences politiques, philosophiques, ont dit au-revoir de façon synchrone à un grand-monsieur des Lettres congolaises. Henri Lopes, dans un discours émouvant – qui contrastait avec celui de Théophile Obenga – , a salué un frère, un ami, un confrère. Quelques jours plus tôt, un ministre-romancier, Henri Djombo, avait estimé que c’était une perte énorme pour le Congo. « Une bibliothèque qui brûle », avait-il ajouté.

Une sommité de la simplicité et de la loyauté

Simple. Accessible. Humble, donc. Il aurait pu devenir une star de la politique, et pourtant, tout au long de sa vie, Jean-Baptiste Tati Loutard marcha à la lisière des caméras et des micros, comme si les rencontrer relevait d’une impudeur grandiose. A aucun moment, il ne franchit l’iconostase du tapage médiatique. Jamais sa longue présence dans les gouvernements de Sassou1 et Sassou2 ne lui fit perdre la tête. Beaucoup de Congolais, d’ailleurs, ignoraient que Jean-Baptiste Tati Loutard était professeur d’université et qu’il tenait à sa vocation de transmettre le savoir. Il sut se frayer « un chemin entre le cynisme des uns et le désespoir des autres », et l’admiration qu’il suscitait ne fut pas au ras des pâquerettes. Un homme loyal, fidèle en amitié. Respectueux des opinions des autres. Toujours, il disait du bien de tout le monde. Il savait – il l’avait écrit – que « la nuit vous entoure comme la mer vous fascine et la mort aux yeux monte avec l’écume ».

Une œuvre foisonnante

Pour paraphraser un philosophe allemand, nous ne vivons pas pour le futur, nous vivons pour qu’il nous reste un passé. Quel passé reste-t-il de Jean-Baptiste Tati Loutard? Tour à tour ministre de l’Enseignement, de la Culture, puis, enfin, des Hydrocarbures, Jean-Baptiste Tati Loutard laisse derrière lui un monument durable: son oeuvre littéraire. Les historiens et les journalistes épilogueront sur son bilan politique, et nul doute que les jugements de valeur seront multiples. Henri Lopes l’a souligné à juste titre, au Congo, la politique est plus « populaire » que l’art, par exemple. Mais cela n’éclipse pas l’oeuvre foisonnante et pertinente de Jean-Baptiste Tati Loutard. Une oeuvre magnifiée par un style emminemment lyrique. D’aucuns pensent que c’était un poète francophone, il était plutôt un poète d’expression française, tant il maniait la langue de Molière avec une aisance divine. Quiconque a lu Le récit de la mort, Les racines congolaises, sait que dans ces oeuvres, « les mots se font autres. Ils montent telles des volutes de fumées opiacées en arabesques de volupté. » Oui, le passé de Jean-Baptiste Tati Loutard demeurera présent. Il a contribué à la beauté du Congo, et Dieu sait que « seule la beauté sauvera le monde ». Salut l’artiste!