Kabila décompose l’opposition

Les charges judiciaires qui pèsent sur Jean-Pierre Bemba et son éloignement favorisent la stratégie de ralliement des membres du Mouvement de Libération du Congo (MLC) qui cèdent aux sirènes de Kabila…

On en parle depuis belle lurette dans des officines politiques de Kinshasa: le pouvoir cherche à scier l’opposition institutionnelle, incarnée par le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. Et ce, en procédant au débauchage au sein du MLC, ce parti que d’aucuns conjuguent déjà au passé au regard des démêlés judiciaires que son chef charismatique, Bemba Gombo, pourrait avoir ici et ailleurs.

Mandats d’arrêt internationaux…

La semaine dernière, le procureur général de la République, Tshimanga Mukeba, avait renouvelé sa demande au Sénat en vue de la levée des immunités du sénateur-président du MLC. Léon Kengo wa Dondo, devenu président de la chambre haute avec la bénédiction du camp Kabila, semble être embarrassé de soumettre la question Bemba devant une plénière acquise à l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP). A Bangui, selon des sources proches de la présidence centrafricaine, les enquêtes des experts internationaux tendent à confirmer l’implication des hommes du chairman dans les viols, vols et tueries de 2002.

Après l’attaque de Bangui par les partisans de François Bozizé, les forces fidèles à Ange-Félix Patassé, composées de militaires centrafricains, des miliciens de Abdoulaye Miskine et des hommes de Bemba, avaient organisé la riposte et commis de nombreuses exactions, notamment dans la capitale. Des enquêtes d’organisations de défense des droits de l’Homme ont évalué à 400 les victimes de cette répression. En avril 2006, la Cour de cassation centrafricaine avait renvoyé devant la Cour pénale internationale (CPI) l’ex-président Ange Félix Patassé et son allié ex-chef rebelle devenu vice-président en RDC, poursuivis pour la répression d’une tentative de coup d’Etat en 2002. Outre Patassé, en exil au Togo, et Bemba, cet arrêt renvoie devant la juridiction de La Haye (Pays-Bas) Abdoulaye Miskine, ancien chef d’une milice chargée de protéger Patassé, le chauffeur de l’ex-président Victor Ndoubabé, et l’ancien gendarme français Paul Barril. Tous ont été inculpés en septembre 2004 d’assassinats, viols, vols et destructions de biens par le doyen des juges d’instruction de Bangui pour leur participation à la répression de la tentative de coup d’Etat fomentée en octobre 2002 par l’actuel président François Bozizé. Assorties de mandats d’arrêt internationaux, ces inculpations n’ont jamais été exécutés et les personnes poursuivies n’ont jamais été entendues par un juge. Bemba qui continue à nier son implication dans ces actes criminels, sans toutefois convaincre, a préféré rester au Portugal, en dépit de l’expiration de son séjour légal dans ce pays. Il exige à présent des garanties de sécurité. Et pour ça, il n’arrête pas de harceler des autorités de l’Union européenne écoutées par Kinshasa dont Louis Michel.

Le MLC morcelé et affaibli

A Kinshasa, le MLC, hanté par les démons de la division, avec la fameuse question de la création des courants, ne donne plus de la voix. Tout le monde fait ce que bon lui semble. François Muamba Tshishimbi, le SG du MLC, n’est pas écouté par les ‘‘copains’’ de Bemba qui ont adhéré au parti et qui ont de l’influence plus que les animateurs officiels du MLC. Ce qui aurait découragé la détermination du SG à maintenir le cap dans la logique d’une opposition forte et républicaine prônée par Bemba au lendemain de sa défaite face à Kabila.

Thomas Luhaka, le secrétaire exécutif du parti, a déjà été humilié en public, dans le hall du Palais du peuple par un député issu de son camp qui a refusé un ordre au motif que son chef direct, Bemba, ne lui avait pas donné une consigne contraire.

Une « mort programmée » de l’opposition parlementaire?

L’Ordre des démocrates républicains, un des groupes parlementaires de l’opposition, a dénoncé lundi 19 novembre ‘‘la mort programmée’’ de cette opposition institutionnelle à l’issue d’une réunion extraordinaire présidée par Roger Lumbala. Tous les radicaux de l’Assemblée nationale, notamment Jean-Pierre Lisanga Bonganga et Jean-Claude Mvuemba, ont pris part à cette messe convoquée pour faire le point de la situation politique en RD Congo. Tous accusent le camp Kabila, avec en tête Vital Kamerhe, de recourir à la corruption pour mieux contrôler ce qui reste encore de l’opposition institutionnelle, Bemba étant absent du pays. Mobutu l’avait fait en son temps. Il avait réussi à fragiliser l’UDPS d’Etienne Tshisekedi. Pourquoi pas Kabila avec le MLC?

Carla Lusamba et Georges Tamba (The Post, Kinshasa, 21 nov 2007)

Crédits photographiques : site officiel du Président de la République Démocratique du Congo