Kabila annonce de grands chambardements dès la fin du mois

Il fallu exactement deux heures et trente minutes pour que, devant la presse congolaise et étrangère, Joseph Kabila passe au peigne fin, jeudi, toutes les questions de l’heure, en rapport avec son pays. De la sécurité aux «cinq chantiers» constituant le socle de son programme quinquennal en passant par le social, pour finir par les sports, le Président de la République démocratique du Congo (RDC) n’a pas voulu de «sujet tabou».

Notre correspondant à Kinshasa

« Je me porte bien», a rassuré Joseph Kabila à la troisième question d’un journaliste de la presse officielle. Il a ainsi mis fin aux spéculations sur son état de santé, mais également sur l’évacuation continue de ses collaborateurs malades, en Afrique du sud. «Je tombe souvent malade mais je ne suis jamais évacué à l’étranger pour des soins médicaux. Grâce aux deux nouveaux hôpitaux ultra-modernes inaugurés à Masina et à N’Djili (2 communes de Kinshasa), l’Etat congolais va pouvoir les (ses collaborateurs) faire soigner à Kinshasa.

Les grands travaux « avant fin 2007 »

Interrogé sur l’état des lieux de ses «cinq chantiers», depuis son investiture le 6 décembre 2006, le président Joseph Kabila a indiqué que ces chantiers constituent désormais un vaste programme adopté par le gouvernement qui l’a présenté à l’Assemblée nationale. «C’est une question de méthodologie et de moyens», a-t-il signalé, faisant savoir qu’«il faut beaucoup de moyens » chiffrés «pas en 100 millions ou 150 millions de dollars, mais plutôt en milliards de dollars américains ». Pour ce faire, le Chef de l’Etat pense qu’il faille, avant toute chose, mobiliser les ressources, «plus de 14 milliards de dollars américains», a-t-il indiqué, assurant avoir «trouvé des moyens avec un montage financier ». Dans ce cadre, a-t-il renchéri, le gouvernement va, en partenariat avec des sociétés et d’autres partenaires, utiliser les ressources nationales (cuivre, diamant, cobalt) pour financer ces cinq chantiers. Enfin, Joseph Kabila sollicite un peu de patience de la part de la population : «il ne faut pas exiger d’une maman d’avoir un bébé après trois mois de grossesse alors que celle-ci dure normalement neuf mois. Cela ne se fait pas, c’est l’avortement », s’est défendu le président de la République à l’adresse de tous ceux qui réclament déjà des résultats d’un programme pourtant quinquennal.

Réhabiliter les infrastructures de base

La réhabilitation des routes rurales et urbaines a aussi occupé une place de choix dans la conférence de presse du Chef de l’Etat. «Avant fin 2007, on va commencer la construction de la route Bukavu-Kavumu (Est), poser la première pierre au niveau de la route Kasumbalesa-Lubumbashi (Sud-Est), démarrer les travaux de l’autoroute Aéroport de N’Djili-Centre-ville à Kinshasa dont les études de faisabilité sont terminées », a annoncé Joseph Kabila, avant de promettre que «d’ici à 2010 ou 2011, on va connecter le pays (par route) de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, si pas la totalité mais au moins la moitié du réseau ».

Dans le secteur de l’énergie, le président Kabila affirme qu’au plus tard en 2011, on va construire le barrage de Katende (centre Est) et deux lignes de transport du courant électrique. En attendant, « la RDC va acheter en Ouganda du courant électrique destiné à desservir les villes de Beni, Butembo et Lubero, dans le Nord-Kivu ». Autant elle vend du courant électrique à certains pays africains, dont le Congo-Brazzaville, autant la RDC achète le courant électrique auprès des pays voisins, dont la Zambie. « C’est beaucoup plus coûteux de construire une ligne électrique de 2.000 kilomètres, que d’importer du courant chez les voisins pour satisfaire les besoins des populations qui en ont un besoin urgent dans l’Est du pays », a expliqué le chef de l’Etat.

Une diplomatie qui donne une visibilité à la RDC

«Le Congo ne négociera jamais en position de faiblesse », a encore martelé le chef de l’Etat dont la vision est de donner une «visibilité à la République démocratique du Congo qui, depuis une dizaine ou une quinzaine d’années, est toujours absente de la scène internationale ». L’objectif poursuivi, indique Joseph Kabila, est « la normalisation et la consolidation des relations entre la RDC et ses voisins », afin qu’il y ait la paix et la stabilité dans la région. S’agissant de l’ouverture – sollicitée par le Rwanda – des ambassades rwandaise et congolaise respectivement à Kinshasa et à Kigali, Joseph Kabila la conditionne par une schématisation de la démarche, reposant sur la restauration de la « sérénité » au niveau de la frontière commune, de la « paix » et de la « stabilité ».

La sécurité dans l’Est

Interrogé sur la situation du général dissident Laurent Nkunda, le président de la République pense que la solution réside dans le brassage de l’armée. « Je ne permettrai à personne d’avoir une milice à lui. C’est inacceptable. La solution, c’est l’intégration dans l’armée ou la démobilisation », a-t-il menacé. Au plan politique, Kabila préconise l’option du dialogue « qui est à l’origine de la conférence de la paix projetée au Nord et au Sud-Kivu, avec comme objectif est de faire participer toute la population à la recherche de la solution. « Si on a réussi à ramener la paix dans 167 territoires, ce ne sont pas deux territoires (sous contrôle de Nkunda) qui vont nous échapper », a-t-il conclu.

Remaniement du gouvernement

Le président a indiqué que l’évaluation de l’action gouvernementale a déjà commencé dans le calme. « Au plus tard début octobre, on aura effectivement une réponse technique ou politique » à la question portant sur l’avenir du gouvernement, a-t-il révélé, en indiquant que l’évaluation concerne également toutes les institutions du pays, dont la Présidence de la République, la justice, le parlement, etc. Joseph Kabila a, également, annoncé la réduction du nombre des ministres. Ils sont aujourd’hui 60 membres du gouvernement. Certains observateurs pensent qu’il y en aura 40 dans le prochain gouvernement.

La rentrée scolaire

Prévu pour le 3 septembre dernier, la rentrée scolaire n’est toujours pas effective dans les écoles publiques, à cause de la grève des enseignants. Ces derniers demandent l’application des « accords de Mbudi » qui avaient prévu, en 2004, la hausse du salaire du fonctionnaire de l’Etat, passant de 834 Francs congolais (environ 1,5 euro) à 35.000 francs (54 euros). Le président a promis que « le 1er palier de Mbudi sera payé ce week-end, afin de reprendre les cours lundi prochain. Le chef de l’Etat a ainsi demandé aux enseignants d’accepter de consentir des sacrifices. « Il y a des revendications tout à fait fondées, mais il y a aussi de la manipulation dans la situation des enseignants », a-t-il relevé, ajoutant qu’« il faut que cette situation soit assainie afin que les enfants puissent aller à l’école lundi prochain (17 septembre) »

Bemba, l’affaire de deux institutions

S’agissant du cas Bemba, la position de Joseph Kabila n’a pas changé d’un iota, par rapport à l’interview qu’il a accordée récemment à Jeune Afrique. « J’avais dit effectivement que la question du sénateur Jean-Pierre Bemba, c’est entre deux institutions : la justice et le Sénat », a-t-il déclaré, s’étonnant par ailleurs que, « comme par hasard, il n’y a personne qui s’intéresse à cette question, du moins au niveau du Sénat ». Mais, après la rencontre du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe avec Jean-Pierre Bemba au Portugal, on a cru à des pressions exercées sur Joseph Kabila pour régler la question Bemba. « Je ne suis pas au courant d’une pression de la communauté internationale. Le Congo est un pays indépendant, souverain », a déclaré Joseph Kabila.
Enfin, pour le président Kabila, l’élimination des Léopards (l’équipe nationale de football) de la CAN 2008 que le président de la République ne peut être considérée «comme une fatalité. Pour lui, il faut poursuivre la construction des infrastructures sportives à travers le territoire national, mettre des moyens suffisants à nos équipes et surtout de la discipline pour avoir une meilleure équipe.