Jean Kambanda : l’aveu du génocide, entre peur personnelle et  » courage  » tardif

Coupable de génocide, Jean Kambanda a été condamné à la réclusion à perpétuité. L’ancien Premier ministre du gouvernement intérimaire rwandais aux commandes durant le génocide de 1994, avait avoué ses crimes en 1998. Mais son plaidoyer balance entre protection personnelle et désir politique.

Coupable. Le 1er mai 1998, lorsque Jean Kambanda affronte les trois juges du tribunal pour le Rwanda, il commet un nouvel acte politique fort. Arrêté huit mois plus tôt à Nairobi, incarcéré en Tanzanie, il se déclare coupable de génocide et de crimes contre l’humanité.

Kambanda reconnaît le génocide et sa participation personnelle dans la mise en oeuvre de la machine exterminatrice. Il offre au procureur – dont la charge dans chaque procès est de démontrer l’existence du génocide – un témoignage capital. Il est, en qualité d’auteur, le premier à reconnaître la tragédie rwandaise. Six mois plus tard, l’homme est condamné à la réclusion à perpétuité. Il hésite, puis renie ses aveux, accuse le procureur de pressions, fait appel de la décision et rejette toute coopération future. Peine perdue.

800 000 victimes

Malgré ses longues explications, dans des documents écrits déposés à la Cour, Jean Kambanda ne pourra convaincre personne et les juges d’appel confirmeront, à La Haye, le 19 octobre 2000, la condamnation du ministre. L’histoire de cet homme serait presque pathétique, s’il n’y avait ses centaines de milliers de victimes.

Avril 1994. Sur les collines du Rwanda, Jean Kambanda prend à coeur sa nouvelle charge. Cet homme du Sud vient d’être nommé aux commandes du nouveau gouvernement, deux jours après l’attentat coûtant la vie au président Habyarimana, mettant le feu aux poudres. En trois mois, le génocide rwandais provoquera la mort de 800 000 Tutsi et Hutu de l’opposition. A la tête d’un gouvernement dont presque tous les membres sont aujourd’hui incarcérés à la prison du Tribunal international, en Tanzanie, Jean Kambanda offre le message « politique » qui viendra attiser le feu et accompagner « le travail » des milices interahamwes et des Forces Armées Rwandaises.

Pas la moindre compassion

Les membres de son gouvernement parcourent le pays, tenant des meetings dans toutes les préfectures, appelant au meurtre et à la destruction. Le Premier ministre est en première ligne. Il utilise les ondes de la Radio Télévision des Mille Collines pour étendre son message. Refuse de prêter secours à une population plongée dans l’horreur. Et s’acquitte d’une tâche terrible à laquelle rien ne semblait prédestiner cet ancien banquier.

Car Kambanda n’aurait été qu’un instrument politique aux mains des officiers du Nord, le temps d’un génocide. Malgré sa position à la tête du gouvernement intérimaire, et face aux planificateurs et aux réseaux de pouvoir du Rwanda des années 1990/1994, il n’était qu’un des multiples maillons de cette machine de mort. Et devant le tribunal international, il semble une marionnette, lorsqu’il estime être victime d’une manipulation issue des cartons du procureur, tout en avouant n’avoir jamais subi une quelconque menace. Il balance entre son désir d’être porteur d’un message politique fort et ses intérêts personnels. Ainsi, il reconnaît le génocide mais ne souffre d’aucune compassion pour ses victimes. Ses aveux sont conditionnés par le « deal » avec le procureur d’Arusha : en échange de ses aveux, la famille de l’ancien Premier ministre pourra bénéficier d’une protection physique et financière.

Incarcéré aujourd’hui à La Haye, au Pays-Bas, pour des raisons de sécurité, Jean Kambanda devra purger sa peine dans un des pays ayant signé un accord avec le tribunal international. Il devrait revenir au Tribunal d’Arusha, quittant le box des accusés pour la barre des témoins. Il affrontera ses anciens ministres, en témoignant contre eux.

Stéphanie Maupas

Stéphanie Maupas collabore avec afrik.com. Elle est la directrice de publication du média spécialisé diplomatiejudiciaire.com.