Internet ne doit pas être un produit de luxe

L’objectif du seul fournisseur d’accès à Internet comorien, la Société nationale des Postes et Télécommunications, est de vulgariser l’accès au web. Ce dernier n’est pas réservé à une frange de la population assure Madame Internet des Comores, Siti Mouhtare.

Receveur principal à la Poste de Moroni, Siti Mouhtare découvre l’Internet au Gabon alors qu’elle y est étudiante. Convaincue de l’utilité que peut avoir un tel outil pour les Comores, elle a activement participé aux différentes manifestations visant à familiariser la population comorienne avec le web, organisées le jeudi 17 mai par la Société nationale des Postes et Télécommunications, l’unique fournisseur d’accès à l’Internet des Comores. Interview.

Afrik : Pourquoi voulez-vous vulgariser Internet au Comores ? Est-il réservé à une élite ?

Siti Mouhtare : Le web est connu d’à peu près tout le monde ici mais la majorité des Comoriens le perçoivent comme un outil de l’intelligentsia.

Afrik : N’est-ce-pas un peu le cas ?

Siti Mouhtare : Pour l’instant oui. Mais Internet ne doit pas être un produit de luxe. Nous voulons le vulgariser et démontrer qu’il n’est pas réservé à une seule catégorie de personnes. Lors de notre journée portes ouvertes, des cultivateurs aussi bien que des médecins ont eu droit à une navigation gratuite et à la création de leur boîte email. Comme l’utilité d’Internet est encore méconnue, notre but était aussi de montrer qu’il ne sert pas qu’à envoyer des messages.

Afrik : Cette opération a-t-elle eu du succès ?

Siti Mouhtare : Un succès énorme. Nous avons accueilli les Comoriens, qui sont venus en masse, de 7 heures à 19 heures non-stop, alors que nous avions prévu de fermer à 14 heures. Et le lendemain, il y avait encore des gens qui voulaient surfer ! Au vu de cet engouement, nous allons créer un cybercafé à la Poste pour permettre aux gens d’avoir un accès facile et gratuit à Internet.

Afrik : Qui sont les internautes comoriens ?

Siti Mouhtare : Le web commence à entrer dans les moeurs et la grande majorité de la population en a entendu parler. Tous les opérateurs économiques locaux ont une connexion. Ce sont les seuls à très bien connaître Internet et à se servir de toutes ses possibilités. Quant aux étudiants, certains ont une connexion privée. Dans ce cas, ils surfent, naviguent, jouent. Les autres se connectent dans les deux ou trois cybercafés de Moroni mais il faut leur expliquer que le web ne sert pas uniquement à chercher des correspondants mais aussi à faciliter leurs inscriptions dans les universités et à faire des recherches pour leurs études.

Afrik : Quelle frange de la population ciblez-vous ?

Siti Mouhtare : Les élèves. Ils représentent un potentiel de futurs clients. Ce sont eux qui peuvent et doivent profiter de l’Internet, même si leurs moyens financiers sont réduits. Nous devons leur donner les moyens de se connecter. A la SNPT, il y a toujours quelqu’un de disponible pour les aider. Nous avons mis en place des cyber-guichets. Ce sont des locaux avec deux ou trois PC et toute la journée les étudiants défilent. Nous les guidons dans leurs recherches. Ils ont besoin d’encadrement.

Afrik : Quel est le prix de l’Internet aux Comores ?

Siti Mouhtare : Il y a encore quelques mois, c’était très cher. Mais la mise en place d’un nouveau serveur a permis de baisser les tarifs. De plus, suite à la journée du 17 mai, durant laquelle l’Internet a été gratuit, on est passé de 75 francs comoriens (environ 1 FF) toutes les 3 minutes à 75 francs comoriens toutes les 6 minutes. Cette baisse vise à démocratiser l’accès à Internet.

Afrik : Dans l’avenir, à quoi peut servir l’Internet aux Comores ?

Siti Mouhtare : Si l’on se sert correctement d’Internet, ce dernier peut devenir un outil de développement pour les Comores. Le e-commerce permettra notamment de vendre les produits locaux. Internet est un formidable moyen de communication entre les différentes communautés comoriennes dispersées dans le monde. Avant, lorsqu’un Comorien vivant à l’étranger voulait se faire construire une maison sur son île natale, cela prenait un temps fou et il rencontrait beaucoup de problèmes. Maintenant, il contacte directement les entreprises sur place et passe sa commande. Le web nous donne la possibilité d’être en contact avec le monde entier. A l’heure du village planétaire, nous ne devons pas être à la traîne des autres pays en matière d’Internet.