Internet : la gratuité des logiciels libres en question

La gratuité reste l’argument numéro un avancé par certains pour défendre les logiciels libres. Mais il n’en demeure pas moins que c’est avant tout l’accès libre au code source des logiciels, donc le pouvoir de les modifier, qui demeure le fondement de cette philosophie. Mise au point et implications.

Toutes les personnes citées dans l’article, à l’exception de Richard Stallman, font partie du Club de la solidarité numérique

Ce n’est pas parce qu’un logiciel est gratuit qu’il peut se revendiquer « logiciel libre ». « Quand vous parlez des logiciels libres, il est préférable de ne pas utiliser des termes comme ‘donner’ ou ‘gratuit’, car ils laissent supposer que la finalité des logiciels libres est le prix et non la liberté », explique noir sur blanc la Free Software Fondation (FSF, la fondation du logiciel libre), du père du libre, Richard Stallman, ingénieur au Massachusetts Institut of Technologie (MIT).

Nombreux sont les programmes qui sont gratuits mais non libres, à l’image du player Quicktime, d’Acrobat reader pour lire les PDF, ou de Skype. Le fait est que le logiciel libre doit répondre, par définition, à quatre exigences fondamentales qu’il est nécessaire de rappeler : « la liberté d’utiliser le programme pour tous les usages, la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à vos besoins, la liberté de redistribuer des copies et la liberté d’améliorer le programme et de publier vos améliorations pour en faire profiter toute la communauté » (FSF). L’étude et l’amélioration du programme demandent l’accès au code source. Le code source étant toute la programmation qui a été nécessaire pour réaliser le logiciel. Et c’est cette caractéristique précise qui fait qu’un logiciel peut être dit « libre » et bénéficier de la Gnu public licence (GPL, également appelée General public licence).

« La traduction française du terme ‘Open Source’ par ‘Logiciel libre’ induit les gens en erreur. Le libre accès n’est pas forcément la gratuité. Il permet avant tout de modifier le logiciel à ses propres besoins. Un traitement de texte coûterait, par exemple, beaucoup trop cher, comparé au nombre d’utilisateurs potentiels, si vous voulez l’adapter dans une langue telle que le tadjik, dans un développement propriétaire (type Word, ndlr). Alors que des développeurs motivés peuvent tout à fait se mettre à l’ouvrage en se basant sur un logiciel open source », explique Alain Adelise, consultant en Technologies de l’information et de la communication (TIC). C’est ainsi que le projet sénégalais Libretic a spécifiquement adapté le logiciel libre de comptabilité et de gestion Opensi, initialement pensé pour la France, à l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation pour le droit en Afrique, ndlr). Les logiciels propriétaires Ciel ou Sage n’étant pas tout à fait adaptés aux besoins africains.

L’argument du prix en question

L’argument du prix pourrait être facilement nuancé. Le géant Microsoft pourrait tout à fait proposer d’équiper gratuitement en machines une structure lambda, avec ses suites logiciels. Créant ainsi des habitudes d’utilisation et préparant la voie à un mariage de raison avec la marque. Une fois formé à un logiciel, difficile en effet de changer pour un autre, gratuit soit-il. Pour Alain Adelise, « tout dépend de la taille des parcs informatiques, mais les économies réalisées sur la licence peuvent permettre d’investir dans la formation des utilisateurs de logiciel pour qu’ils soient plus efficaces, ce qui est indispensable ». Les économies peuvent, en effet, s’avérer substantielles. « L’Etat sénégalais a lancé l’initiative ‘1 étudiant, 1 ordinateur’. Or il y a 50 000 étudiants dans le pays et une licence Microsoft ‘Contrat logiciel utilisateur final’ revient à 20 000 FCFA (30 euros, ndlr) par poste. C’est pourquoi l’Agence universitaire de la Francophonie s’est tournée vers une solution libre sud-africaine : Ubuntu Linux », explique Stefano Amékoudi, informaticien à Dakar.

Au-delà de la gratuité, le libre offre surtout des applications plus stables. La philosophie est basée sur la communauté. Communauté qui remonte les erreurs et bugs éventuels des logiciels aux développeurs qui les rectifient et améliorent ainsi la version existante. « Plus la communauté est importante, plus il y aura de personnes pour tester le logiciel et plus il y aura de remontées d’erreurs et plus il sera robuste, explique Douglas Mbiandou, PDG de la société de services en logiciels libres Objis. Raison pour laquelle le serveur Web libre Apache[[<*>Le programme qui permet d’aller d’une page Web à une autre, ndlr)]], qui représente 70% du marché, est, par exemple, beaucoup plus stable et plus sûr que le serveur Windows, (l’Internet information serveur, IIS) ».