Ils ont tué les futurs Doucouré !

Solidarité et souffrance avec les familles des victimes de l’incendie parisien et cri de colère contre les pouvoirs publics et la société qui nous abandonnent.

De Dogad Dogoui

Quatre mois après le drame de l’hôtel Paris Opéra, des Africains sont à nouveau victimes d’un incendie dans un immeuble d’habitation vétustes et délabrés, mis à leur disposition par les pouvoirs publics en charge du logement social.

Devant un tel drame, je ne peux que m’incliner devant les dépouilles des victimes, adresser mes condoléances et celles des membres de l’association Africagora aux familles endeuillées. Les gestes de solidarité et de compassion pour nos frères et sœurs morts brûlés dans les flamme ou intoxiqués dans les fumées de ce bidonville moderne en plein cœur de Paris la belle, ne doivent pas nous empêcher de tirer la sonnette d’alarme et d’interpeller celles et ceux qui ont la responsabilité de protéger tous les citoyens.

Quelque soit la raisons de cette incendie, les images d’un reportage de télévision réalisé il y a quelques mois ont suffit à démontrer que cet immeuble était vétuste.

Comment la Ville de Paris, la Préfecture de Paris, les services de l’Etat et les ONG caritatives ont pu accepter de reloger dans ces conditions des familles entières, alors que tout le monde semblait savoir que l’immeuble n’était pas habitable ?

Pourquoi à chaque fois, retrouve-t-on les seules familles africaines dans ces taudis, foyers insalubres et hôtels miteux ? Y aurait-il deux poids deux mesures pour les citoyens de ce pays ? C’est toujours aux mêmes que ce pays donne les rebus dont personne ne veut. Qui pourrait accepter de vivre ainsi entassé par familles entières comme du bétail, en plein Paris du 21ème siècle ? Les Africains aux revenus modestes et de familles nombreuses qui n’ont pas le pouvoir et le rapport de force nécessaires pour exiger le respect d’un de leurs premiers droits d’êtres humains (un toit décent) et le respect de leur dignité.

Le communautarisme des pouvoirs publics se poursuit

Qui a logé et regroupé toutes ces familles africaines dans un même immeuble ? Qui a choisi de ne pas assurer la réhabilitation avant de reloger « provisoirement » des familles expulsées du programme immobilier du quai de la gare ? Comment peut-on affirmer d’une part, lutter contre les discriminations ethniques et d’autre part, regrouper des citoyens de même origine dans un immeuble, un quartier ou une cité, vétustes et délabrées ?

Jusqu’à preuve du contraire (l’enquête nous éclaira rapidement je l’espère), les victimes ne sont pas les accusés. A entendre les commentaires des uns et des autres, le débat est en train de se porter sur le nombre d’enfants de ces familles africaines. Il semble que la législation française ou communautaire n’est pas encore celle de Chine. A défaut de la médaille de la famille ou de la solidarité nationale, ces mères de familles nombreuses vont-elles recevoir les critiques plutôt que les félicitations pour leur contribution à la démographie nationale ?

Il semble surréaliste d’entendre les commentaires de responsables du logement social se porter sur la sur occupation de cet immeuble de Paris, en oubliant qu’il ne s’agissait pas de squatters par des immigrés illégaux mais de travailleurs et familles de jeunes Français, logés par le puissance publique. Quelle place pour les immigrés dans la société française ?

A ce jour, on compte 17 morts dans ce drame, dont 14 enfants que la collectivité n’a pas su protéger et respecter ; Notre jeunesse, force vive de la France de demain est ainsi sacrifiée sur l’autel des économies bouts de chandelles, du mépris et du dédain.

C’est une honte pour la France, donneuse de leçons dans le monde entier, que de ne pas être capable de débloquer les fonds nécessaires pour réhabiliter des logements inhabitables. Il y a manifestement un manque de volonté politique et une confusion dans les responsabilités entre ville et Etat pour le logement social.

Ils ont su se mettre d’accord de gauche comme de droite pour réquisitionner des terrains constructibles, débloquer les fonds publics nécessaires pour préparer la candidature de Paris aux jeux olympiques de 2012. Mais, comment comprendre que les pouvoirs publics réquisitionnent des logements pour y caser des mal-logés, en sachant pertinemment que les conditions de sécurité n’y sont pas respectés.

Une nation moderne peut-elle sacrifier ses enfants ?

Comment faire éclore les Ladji Doucouré de demain, si on n’est pas capable d’en prendre soin aujourd’hui. Des jeunes d’origine africaine ont été abandonnés au bord de la société, dans une capitale en travaux d’embellissement qui sort de sa célèbre plage d’été. Ils sont morts pour cause dit-on de « sur occupation » et d’appartenance à des familles nombreuses qui (j’ajoute) avaient eu le tord d’accepter résignés des conditions de logement indignes d’une grande nation. Certains de ces jeunes morts avaient des parents sénégalais et maliens, comme notre champion du monde qui vient de porter hauts les couleurs de la France.

La France entière est en deuil. Mais, combien faudra-t-il d’enfants d’immigrés sacrifiés et abandonnés à leur sort à Paris, en Ile-de-France et ailleurs dans l’hexagone, pour que nos responsables politiques locaux et nationaux réagissent et prennent les mesures et les décisions financières qui s’imposent de toute urgence ?

Je ne suis pas sûr que les indemnités et dépenses publiques qui seront débloquées pour les familles des victimes et les survivants de ce drame, coûteront plus chers à la collectivité que les travaux de réhabilitation de cet immeuble. Rappelons qu’il a été ouvert au logement parce que considérés en mesure d’accueillir des êtres humains.

Veillons à ne pas oublier ces sacrifiés et levons-nous tous pour exiger l’engagement en urgence de grands travaux publics et d’une large souscription nationale en faveur du logement social et des infrastructures, par ailleurs sources d’emplois pour tous « ces oubliés de l’égalité ».

Donnons une chance à l’égalité entre tous nos concitoyens et assurons « une place pour tous en France », dans l’école, l’emploi, le logement, la visibilité, la dignité et le respect.

Je forme le vœu que ces Africains morts en ce 26 août ne soient pas sacrifiés pour rien. Et leurs enfants décédés en particulier exigent que se poursuive notre combat contre le mépris et pour le respect de notre identité et de notre dignité au sein de la communauté nationale. Les descendants des tirailleurs défenseurs de la France, les travailleurs reconstructeurs de son économie et les parents de tous ces ambassadeurs de son rayonnement international, méritent la considération de toute la Nation.

Dogad Dogoui
Africagora