HARLEM SUR SEINE

A travers un reportage de 26 minutes sur Arte*, Grégoire Deniau, a suivi, grâce à une caméra complice, les rituels de guérison pratiqués par les plus grands évangélistes venus d’Afrique, au sein de ces églises afro-chrétiennes qui font de la France une terre d’évangélisation.

A l’initiative de ce projet, il y a certainement de la part du réalisateur, Grégoire Deniau, une volonté d’observer des mondes parallèles. En effet, il y a Paris intra-muros et ses habitants qui ont l’illusion, malgré un certain immobilisme, d’être au centre de tout, et puis il y a la périphérie, cette zone expansive difficile à limiter et à contrôler où la plupart des mouvements associatifs, politiques, religieux ou culturels se révèlent. Même la mode se réapproprie ce qui, au départ, dérange.

Exorcisme

Une fois que tous ces phénomènes de société s’affichent dans la rue, on les customise, on les officialise, on les aseptise. C’est peut-être ce qui a poussé ces communautés africaines de la Seine-Saint-Denis, à se réapproprier leur propre Dieu. Trouvant les cultes occidentaux austères, inhospitaliers ou déshumanisés, ils ont par milliers, célébré la grande messe évangéliste, dans des hangars, lieux de culte éphémères loués pour l’occasion dans la zone industrielle. Car l’intégration passe aussi par la foi. La vocation première de l’église n’est-elle pas d’accueillir des personnes du monde entier ? Mais de la même façon que la plupart de ces familles sont déplacées de leur terre d’origine, le lieux du culte n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est le rassemblement et la communion des uns avec les autres. Il vaut mieux célébrer la messe dans un hangar plein de monde que dans une église vide.

C’est donc par milliers qu’Africains et Antillais se retrouvent le dimanche, habillés de leurs plus beaux vêtements, pour faire la fête : chants puissants, rythmes africains, accords de fanfare, prêches enflammés, danse et transe leur permettent d’exorciser toutes sortes de traumatismes rencontrés sur le sol français.

Pluie de miracles

Pour le pasteur Dimitri Boungou Colo, qui a été sauvé par la foi, après une vie d’excès en tout genre, le miracle fait partie de la vie : tout est miracle ! C’est pourquoi le côté spectaculaire de ses guérisons ne l’impressionne pas. Un homme dans une chaise roulante retrouve l’usage de ses jambes; d’autres, atteints de maladies incurables, connaissent, des rémissions.

Pour Grégoire, il s’agissait avant tout d’établir un climat de confiance et de respect mutuel. C’est sur une idée du réalisateur congolais David Pierre Fila, que Grégoire Deniau a assisté à une cérémonie, aboutissant à l’état de transe des fidèles. Réalisant l’ampleur du phénomène, il a ressenti le désir de suivre ces gens, sans jugement négatif ni crédulité excessive : « L’intérêt premier de ces rassemblements c’est qu’ils réunissent plein de communautés différentes, qui n’auraient jamais eu l’opportunité de se rencontrer. L’ouverture, l’entraide, la joie sont les éléments fondateurs de ces échanges Ainsi que l’encadrement des jeunes qui, souvent en échec scolaire, sont livrés à eux-même face à la démission des parents. Dans certains cas, le réflexe communautaire est nécessaire à la survie, dans d’autres cas, il peut servir également le mercantilisme: Le pasteur, en bon orateur, vend le concept de guérison miraculeuse, tandis que des petits commerces en tout genre fleurissent autour de ces temples d’un jour.

Les responsables des églises traditionnelles catholique et protestante voient d’un oeil plutôt indulgent ces grands rassemblements, mais ils entendent bien garder un contrôle sur eux en leur proposant des formations « . Un documentaire riche, complexe et passionnant.

*Vendredi 14 septembre à 20h15 sur Arte