
Figure centrale du procès historique des massacres du 28-Septembre 2009, Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, est décédé dans la nuit du 23 au 24 mars 2026 à l’hôpital du camp militaire Almamy Samory Touré de Conakry, rapportent l’Agence de presse africaine (APA) et plusieurs médias guinéens. L’ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, condamné à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité, purgeait sa peine dans des conditions dénoncées par sa famille et ses avocats.
Un décès survenu dans des circonstances opaques
Toumba Diakité avait été victime d’un malaise dans sa cellule de la maison centrale de Coyah dans la nuit du 23 mars, avant d’être évacué en urgence vers l’hôpital militaire du camp Almamy Samory Touré où il était en soin intensif, selon un communiqué du procureur général Fallou Doumbouya. Mais avant même cette communication officielle, ses avocats avaient dénoncé un « enlèvement » : Maître Paul Yomba Kourouma avait indiqué que son client avait été extrait de sa cellule vers 4 heures du matin par des individus non identifiés, sans qu’aucune information ne soit communiquée à la défense.
Depuis son transfert à l’hôpital militaire, ni ses avocats, ni sa famille, ni aucun médecin indépendant n’avaient été autorisés à le voir. Ce mercredi 25 mars encore, ses proches exigeaient une preuve de vie et en appelaient à Amnesty International, Human Rights Watch, l’Union africaine et la CEDEAO. Selon sa famille, Toumba souffrait d’une hernie de la ligne blanche à un stade avancé, et un collège médical avait recommandé son transfert dans un établissement adapté, la prison de Coyah ne disposant pas d’infirmerie. À ce stade, les autorités guinéennes n’ont pas publié de communiqué officiel confirmant le décès.
Du stade du 28-Septembre au banc des accusés : un destin hors norme pour Toumba Diakité
Né le 30 avril 1968 à Conakry, médecin militaire de formation, Toumba Diakité était devenu l’aide de camp et le chef des « Bérets rouges » du capitaine Dadis Camara après le coup d’État de décembre 2008. Accusé d’un rôle central dans le massacre du stade du 28-Septembre 2009 qui a fait plus de 150 morts et plus d’une centaine de femmes violées, il avait tenté d’assassiner Dadis Camara le 3 décembre 2009, l’accusant d’avoir commandité les tueries. En fuite pendant des années, arrêté au Sénégal fin 2016, extradé en mars 2017, il avait marqué le procès historique ouvert le 28 septembre 2022 par ses dépositions fracassantes, rompant le mur du silence et mettant en cause directement ses coaccusés.
Condamné le 31 juillet 2024 à dix ans de réclusion pour crimes contre l’humanité, il avait depuis fondé un parti politique depuis sa cellule et tenté, sans succès, de se porter candidat à la présidentielle de décembre 2025. Sa mort en détention, à quelques mois de la fin théorique de sa peine, pose de graves questions sur les conditions carcérales en Guinée sous la junte du général Mamadi Doumbouya, déjà sous le feu des critiques internationales.



