Guinée : comment le bain de sang a été évité de justesse

Les conditions n’étaient point réunies pour que se tiennent les Législatives en Guinée, avait estimé l’opposition qui, à force de réclamer un nouveau report du scrutin initialement prévu le 24 septembre, a eu gain de cause. De justesse, les observateurs onusiens ont réussi à éviter un nouveau bain de sang en Guinée.

Les élections législatives guinéennes ont finalement été reportées au samedi 28 septembre prochain. Il fallait s’y attendre. En ce sens que l’opposition guinéenne avait pour la énième fois réclamé un nouveau report des élections législatives qui devaient se tenir mardi prochain, dénonçant des « anomalies dans la préparation » du scrutin. Elle avait estimé qu’à ce stade il était « impossible de faire les élections ». Cette décision avait été prise à l’issue d’une réunion tenue vendredi à huis clos entre les différents membres de l’opposition, dont le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo.

De son côté le parti au pouvoir semblait décidé à maintenir la date des Législatives, même si l’opposition maintenait sa menace de les boycotter. Cela se sentait dans les propos du camp présidentiel, à travers une sortie de Moustapha Naité, un responsable du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), formation du Président guinéen Alpha Condé, qui s’était confié à l’AFP en annonçant que la majorité n’entendait pas renoncer au délai fixé. « La date du 24 septembre, il faut la tenir. Les imperfections, elles peuvent être améliorées jusqu’au matin du scrutin. Et je ne pense pas qu’elle soient de nature à avoir un impact sur la sincérité de l’élection », avait-il lâché.

Sauf que l’opposition, qui ne partageait pas cet avis, et qui avait promis de mettre à exécution ses menaces de mener un combat de rue, campait sur sa position. Pour l’opposition guinéenne, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) devait corriger les anomalies liées au fichier électoral et l’éloignement des bureaux de vote, notamment les fiefs de l’opposition. A moins de trois jours du scrutin, la Guinée était donc au bord de l’implosion et allait renouer avec la vague d’émeutes, avec tout ce que cela comporte comme conséquences. C’est ce qu’ont compris les observateurs de la scène internationale, venus spécialement en Guinée pour superviser les élections, pour prendre leur bâton de pèlerin et dissiper la tension déjà vive en Guinée qui était sur une vraie poudrière.

Tout est allé en fait très vite après la réunion vendredi de Cellou Dalein Diallo et de ses partisans qui se disaient prêts à plonger la Guinée dans un bain de sang, le facilitateur onusien, l’Algérien Saïd Djinnit, a aussitôt pris langue avec le camp présidentiel. L’observateur algérien a réussi à convaincre le Président Condé qu’il n’avait rien à gagner à ce que la Guinée replonge dans la violence. Après avoir obtenu l’aval du Président Alpha Condé et pris langue avec l’opposition qui a salué cette initiative, Saïd Djinnit pouvait alors faire face à la presse et annoncer aux journalistes, en masse devant les locaux du siège des Nations-Unies à Conakry, que les Législatives, initialement prévues le mardi 24 septembre, sont reportées au samedi 28 septembre. Un véritable ouf de soulagement pour la communauté internationale qui craignait déjà le pire.

Pour rappel, cela fait 11 ans que la Guinée n’a pas connu de Législatives. Les dernières élections de ce genre ont eu lieu en 2002. Au départ elles devaient se tenir six mois après l’élection d’Alpha Condé. Mais l’opposition avait toujours refusé de participer au scrutin, arguant que les conditions n’étaient pas réunies pour assurer sa fiabilité. Un dialogue de sourds s’était alors déclenché entre les deux parties, empêchant la Guinée, pourtant riche en ressources naturelles, de décoller. Avec ce nouveau consensus, il y a lieu d’espérer que la hache de guerre sera définitivement enterrée, avec pour conséquence un nouvel envol pour la Guinée au grand bonheur de son peuple qui n’a que trop souffert.