Guinée : avis d’orage sur le second tour

Ce n’est pas dans les meilleurs conditions qu’a été officiellement lancée, lundi, la campagne électorale pour le deuxième tour de la présidentielle en Guinée. Une nouvelle polémique frappe la Commission Electorale Indépendante (CENI). Alors que les médias et la société civile tentent de mettre les deux candidats, Cellou Dalein Diallon et Alpha Condé, face à leurs responsabilités, la nomination d’un membre de l’Eglise anglicane à la Céni est dénoncée.

Alors que se profile le second tour de la première élection démocratique en Guinée, qui opposera le 24 octobre Cellou Dalein Diallon et Alpha Condé, les tensions s’exacerbent et les polémiques se succèdent. Après les accusations de partialité faites à son président Lousény Camara, c’est aujourd’hui un nouveau membre de la Commission Electorale Indépendante (CENI) qui est critiqué.

Les milieux religieux et sociaux ont dénoncé samedi la nomination par le général Konaté, le président de la transition, de Mgr. Albert Gomez au sein de la Céni. Ils dénoncent le cumul des mandats ainsi que l’intrusion d’un personnage religieux dans le jeu politique. Mgr. Albert Gomez détient en effet de nombreuses responsabilités. Il est notamment le vice-président de la Commission National Transitoire (CNT). Le Conseil des Eglises de Guinée, et la Communion anglicane de l’église de la province de l’Afrique de l’Ouest, diocèse anglican de Guinée et de Guinée-Bissau, ont fait part de leurs inquiétudes, et appelé la Céni à le remplacer. Contrairement à son président, élu par ses paires commissionnaires, ses membres sont, eux, nommés par décret.

La Commission électorale indépendante (CENI) cristallise les tensions

La commission est au centre des critiques, et tout semble fait pour remettre en cause son autorité, le tout sur fond de rivalités ethniques. Le deuxième tour oppose en effet un candidat Peul à un candidat Madingue. Les Peuls et les Madingues sont les deux principales communautés ethniques du pays. Lousény Camara, président de la Céni s’est récemment vu reprocher sa partialité. Mandingue, il a été accusé de favoriser Alpha Condé, membre de cette même ethnie. Une plainte concernant la disparition de 109 procès verbaux au lendemain du premier tour de la présidentielle, le 27 juillet dernier, a même été déposée par l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Daillo. « Je mettrai ma main sur le Coran et je ne dirai la vérité rien que la vérité qui proviendra des urnes», a vivement déclaré Lousémy Camara dans une interview publiée le 7 octobre sur Africaguinee.com. « On pense que j’ai un nom à consonance mandingue et je suis Tomamnia de Macenta, mandingue. Pour moi, même celui qui était là Ben Sékou Sylla (le précédent président de la Céni, ndlr), il a pu se tromper mais il était mandingue même si son nom c’est Sylla mais il était mandingue. Qu’on se mette au dessus des considérations de personnes et qu’on voit les actions menées par les personnes qu’on critique. Je m’inscris dans ce sens, ils verront à travers mes actions que je suis l’homme de la situation », a-t-il ajouté.

Devant cet acharnement qui décrédibilise la Céni et met en danger la bonne tenue d’un scrutin historique pour la Guinée, le général Konaté a annoncé, jeudi, la création d’un comité de suivi de la Céni, dirigé par un représentant du président burkinabé Blaise Compaoré, médiateur de la crise guinéenne. Ce comité aura comme mission de « suivre, évaluer et d’assurer de l’effectivité des tâches accomplies et de celles à accomplir ».

Face à cette hausse des tensions, les deux candidats, pointés du doigt par la société civile, tentent de donner des gages de bonne volonté. Cellou Dalein Diallon et Alpha Condé ont ainsi rencontré samedi les sages des quatre coordinations de la Guinée. Lors de cette visite très symbolique initiée par ces sages dans le but d’apaiser le climat, les deux candidats ont tous deux tenté d’afficher une bonne entente. Le candidat Cellou Dalein Diallo a tenu à rappeler le rôle que les sages de la Guinée avaient joué dans l’instauration d’une paix durable dans le pays, alors qu’Alpha Condé a, lui, insisté sur l’importance du respect de la légalité.

Cette élection est le premier scrutin démocratique que connaît le pays depuis son indépendance en 1958. Cette joute électorale doit départager l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, favori avec 43,69% des voix obtenues au premier tour du 27 juin, et l’opposant historique Alpha Condé, qui a rassemblé 18,25% des suffrages.