Gaza : conflit Israël-Hamas ou Israël-Palestiniens ?

Dans cette nouvelle séquence de tension à Gaza, force est de se demander si le conflit oppose Israël au Hamas, un groupe politique avec ses orientations et ses pratiques, ou Israël aux Palestiniens, un peuple avec ses droits nationaux.

Depuis le 8 juillet 2014, l’armée israélienne a lancé une offensive meurtrière sur la bande de Gaza. Cette campagne meurtrière a pris une nouvelle ampleur jeudi 17 juillet, puisque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné à Tsahal, après dix jours de raids, de lancer une opération terrestre sur la bande de Gaza. A ce jour, selon les chiffres officiels, au moins 572 Palestiniens ont été tués, dont plus de 140 ce dimanche, la journée la plus sanglante depuis le début de la répression, et 100 000 autres déplacés. Côté israélien, 13 soldats et 2 civils ont été tués.

Un pseudo-équilibre entre Israël et Palestine

Ces évènements donnent lieu à une large couverture médiatique. Alors que certains journalistes s’efforcent de livrer une information juste et objective, force est de constater que, dans cette nouvelle séquence de conflit opposant l’Israël aux Palestiniens, le traitement de l’information des médias « mainstream » est largement critiquable. L’un des principaux biais du traitement médiatique de ce conflit est l’injonction permanente à un traitement « équilibre ». Or, cette recherche d’un improbable « équilibre » entre Israël et la Palestine conduit de facto à une information biaisée, incomplète et, volontairement ou non orientée, comme le rappelle l’Observatoire des médias Acrimed.

Le biais principal consisterait donc à traiter sur un même pied d’égalité un Etat doté d’institutions stables, d’une économie moderne et comparable à celle des pays occidentaux, d’une armée parmi les plus puissantes et les plus équipées au monde, et, d’autre part, un peuple qui ne possède ni Etat, ni économie viable, ni armée régulière. Ce pseudo-équilibre entretient donc l’idée illusoire d’un « conflit » entre deux entités qui seraient quasi-équivalentes, alors que ce n’est pas le cas. De plus, au regard du droit international, Israël est une puissance colonialiste et est régulièrement condamnée comme telle.

« Israël vs Hamas »

« Le glissement consistant à parler d’un affrontement entre « Israël » et « Hamas » est encore plus critiquable. En premier lieu, parce que le Hamas n’est pas la seule force politique présente à Gaza, loin de là, et qu’il n’est pas le seul à avoir, ces derniers jours, lancé des roquettes vers Israël. En deuxième lieu, parce que le Hamas, et ce quelles que soient les critiques que l’on peut formuler à l’égard de sa stratégie ou de ses positions et projets politiques, est le parti qui a obtenu la majorité des suffrages lors des dernières élections législatives, et ne peut en aucun cas être considéré comme un groupe isolé du reste de la population palestinienne. Enfin, la rhétorique du « conflit Israël-Hamas » occulte un pan essentiel de la réalité : le conflit n’oppose pas Israël et le Hamas, un groupe politique avec ses orientations et ses pratiques, mais Israël et les Palestiniens, un peuple avec ses droits nationaux », écrit Acrimed.

Manifestation interdite à Paris

Alors qu’une manifestation de soutien à la Palestine devait être organisée samedi 19 juillet à Paris, celle-ci a été interdite par la préfecture de police. Cette décision a été prise « au vu des risques graves de trouble à l’ordre public qu’engendrerait sa tenue dans un contexte de tension accrue », a fait valoir la préfecture de police de Paris. L’avocat des organisateurs, Hosni Maati, avait dénoncé une décision « qui s’oppose à une liberté fondamentale ». Le NPA, seul parti politique à avoir maintenu son appel malgré l’interdiction, avait « exigé » des autorités qu’elles « reviennent sur cette décision. Si tel n’était pas le cas, nous appellerions tout de même à se rassembler pour protester publiquement ».

Nous rappelons que cette interdiction intervient suite à des violences à la fin de la précédente manifestation organisée à Paris, une semaine auparavant. D’après l’AFP, un certain nombre de manifestants pro-palestiniens auraient tenté de se rendre vers des synagogues, rue de la Roquette et rue des Tournelles, pour les attaquer. L’ensemble des grands médias français, sans exception, ont relayé la même information. Pourtant, une vidéo postée sur Youtube montre très clairement des dizaines de membres extrémistes de la Ligue de défense juive (LDJ), classée en 2001 organisation terroriste aux Etats-Unis et pourtant tolérée en France, provoquer les manifestants pro-palestiniens, en cassant tout sur leur passage. Les militants extrémistes de la LDJ ont ensuite trouvé refuge derrière les CRS. La provocation et la violence autour de la synagogue sont apparues aux observateurs voisins comme exclusivement du fait de ce groupuscule extrémiste juif, et nullement du fait des manifestants pro palestiniens qui ignoraient même pour la plupart la présence d’une synagogue à proximité… Sans détour, le Daily Mail a dénoncé, dans un article, la provocation des membres de la LDJ.

La fausse information reprise par les médias a finalement été contrée par le responsable de la synagogue de la rue de la Roquette, qui a déclaré : « pas un seul projectile lancé sur la synagogue ». « A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger », précise-t-il. Il n’empêche que cette information à été à l’origine de l’interdiction de la manifestation propalestinienne de samedi 19 juillet… et des débordements qui s’ ensuivirent.

« En prônant l’interdiction des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien, plutôt que de dissoudre la LDJ pour désormais empêcher tout trouble à l’ordre public, et en refusant de condamner fermement les raids israéliens, le Président François Hollande se rend complice des atrocités commises actuellement en Palestine », entendait-on parmi les manifestants. Il est clair que la position française interprétée comme un soutien sans nuance à l’opération israélienne fait grincer beaucoup de dents à gauche… et même à droite !