Gabon : les journalistes réclament la dépénalisation des délits de presse

Les journalistes gabonais ont profité ce vendredi 3 mai de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse pour déposer auprès des plus hautes autorités du pays leur manifeste pour la dépénalisation des délits de presse au Gabon, alors que l’un de leur confrère doit comparaître ce jour pour diffamation.

(De notre correspondant)

Au Gabon, les journalistes n’exercent pas leur métier dans la liberté. Ils travaillent parfois la peur au ventre. C’est pourquoi ce vendredi, alors que le monde entier célèbre la Journée mondiale de la liberté de presse, ils ont choisi de déposer auprès des plus hautes autorités du pays, le manifeste pour réclamer la dépénalisation des délits de presse dans leur pays.

« Le fait est que la liberté de la presse est altérée par l’existence d’un arsenal de dispositions répressives contenues dans le code pénal et de la communication. Ces deux textes consacrent notamment les peines privatives de liberté à raison des infractions commises par voix de presse. Ce qui brave le courage du journaliste. Les enjeux commandent donc une réforme législative », souligne le manifeste.

En 2003, lors des Assises de la presse francophone à Libreville, le défunt président Omar Bongo Ondimba avait donné son accord de principe pour la dépénalisation des délits de presse. Mais ses bonnes intentions n’ont pas été suivies d’effets. Les journalistes gabonais ont lancé « un appel pressant aux pouvoirs publics de concrétiser cet espoir, afin de supprimer effectivement la peine d’emprisonnement pour l’ensemble des délits de presse. Ceci permettra de mettre la législation gabonaise en conformité avec les orientations de l’UNESCO, qui considère cette dépénalisation comme l’un des indicateurs de développement des médias ».

« Nous attendons de vous, madame la ministre de la Justice, à travers la remise symbolique de notre manifeste, la suppression des peines d’emprisonnement pour délits de presse, commis à l’occasion de l’exercice de notre métier d’informer. Ces délits de presse sont devenus le prétexte de véritables règlements de compte, le but visé étant simplement l’enfermement du journaliste. Ce 3 mai, madame la ministre, un de nos confrères de la presse écrite comparait pour diffamation. Quel hasard de calendrier ! », a déclaré le président de l’Union gabonaise des professionnels de la communication, Sylvestre Moundounga.

La valorisation du droit de réponse

« Nous souhaitons que le droit de réponse constitue désormais une cause d’irrecevabilité de toute autre procédure administrative ou judiciaire. L’objectif est d’en faire un véritable outil de régulation du droit de la presse, en le consacrant comme un préalable à toute forme de poursuite disciplinaire ou judiciaire. Il s’agit de promouvoir auprès de nos compatriotes et concitoyens la culture du débat contradictoire au détriment de la répression telle qu’incarnée par les poursuites administratives ou judiciaires », ont affirmé les journalistes.

Les hommes de médias gabonais souhaitent également la création d’un véritable institut de formation aux métiers de la communication au Gabon, afin de favoriser le renforcement des capacités et le sens de responsabilité des journalistes.