
La France retrouve le Maroc ce jeudi 9 juillet à Boston/Foxborough, en quart de finale de la Coupe du monde 2026. Les Bleus ont écarté le Paraguay sur un penalty de Kylian Mbappé (1-0), les Lions de l’Atlas ont éliminé le Canada (3-0). Au Maghreb, l’affiche réveille un vieux réflexe car une partie de l’opinion algérienne se prépare à encourager l’équipe de France contre le voisin marocain.
L’Algérie est sortie du tournoi, mais elle ne manquera pas ce France-Maroc. Dans les cafés d’Alger comme sur les groupes WhatsApp de la diaspora, le quart de finale de ce 9 juillet s’annonce comme un rendez-vous à part. Car combien d’Algériens se surprendront à vibrer pour les Bleus face aux Lions de l’Atlas ?
Pour comprendre ce réflexe, il faut revenir au contentieux entre Alger et Rabat. La frontière terrestre est fermée depuis 1994. En août 2021, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, qu’elle accusait d’« actes hostiles ». L’affaire d’espionnage Pegasus venait d’éclater ; à l’ONU, un représentant marocain avait affiché son soutien à l’autodétermination de la Kabylie. Le tout sur fond de Sahara occidental, qui empoisonne la relation depuis un demi-siècle. La rivalité déborde depuis régulièrement sur le terrain sportif.
Le football marocain, vitrine d’un récit national
Demi-finaliste à Doha en 2022, le Maroc a fait de sa sélection un outil d’influence assumé. Le royaume investit massivement dans les infrastructures et la formation, avec l’appui du géant des phosphates OCP, et il co-organisera la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal. En dominant le Canada samedi (3-0, doublé d’Azzedine Ounahi), les Lions de l’Atlas sont devenus la première sélection africaine à disputer deux quarts de finale de Coupe du monde consécutifs.
Vu d’Alger, cette réussite prend une coloration politique. Chaque victoire marocaine semble valider le récit que Rabat déroule avec méthode, celui d’un royaume stable et conquérant, qui rayonne jusque dans les stades. Pour une frange du public algérien, voir la France stopper cette dynamique reviendrait à remettre ce récit à sa place. Le raisonnement doit peu au football.
Tous les Algériens ne se reconnaissent évidemment pas dans cette posture. Le parcours marocain suscite aussi de l’admiration à Alger, et une partie du public préfère s’en tenir à une solidarité africaine qui dépasse les frontières du Maghreb. Reste que l’anti-Maroc footballistique existe bel et bien dans les commentaires en ligne, et qu’il s’est durci au rythme des crises diplomatiques.
Une équipe de France aux attaches algériennes
L’autre ressort est plus affectif. Le capitaine Kylian Mbappé, auteur du penalty décisif contre le Paraguay, son septième but dans ce Mondial, est né d’une mère d’origine algérienne, Fayza Lamari, et son parcours est suivi de près en Algérie. Michael Olise a grandi à Londres entre un père nigérian et une mère franco-algérienne. Rayan Cherki porte le nom de sa mère, originaire de Biskra. Maghnes Akliouche vient d’une famille kabyle de Raffour, dans la wilaya de Bouira. L’un et l’autre ont nourri pendant des années les espoirs des supporters des Fennecs avant d’opter pour la France, ravivant un débat sur les binationaux ouvert à l’époque de Zinedine Zidane et relancé par Nabil Fekir.
Encourager ces joueurs n’efface pas la mémoire coloniale, qui pèse toujours sur le rapport des Algériens à la France. Mais l’équipe nationale s’est imposée au fil des générations comme un miroir des diasporas. Applaudir Mbappé ou Akliouche, pour beaucoup, c’est d’abord applaudir des trajectoires familières, celles d’enfants de l’immigration passés tout près d’un autre choix de sélection.
Doha 2022, le précédent que personne n’a oublié
Les deux équipes se sont déjà croisée. Le 14 décembre 2022, en demi-finale du Mondial qatari, la France avait éliminé le Maroc (2-0) sur des buts de Théo Hernandez et de Randal Kolo Muani. La rencontre avait tenu en haleine tout le Maghreb et les diasporas d’Europe, des cafés de Casablanca aux boulevards parisiens. Trois ans et demi plus tard, le Maroc aborde ce remake avec une génération remodelée autour d’Achraf Hakimi et du gardien Yassine Bounou, tandis que la France de Didier Deschamps avance en favorite après une prestation compliquée contre le Paraguay.
Coup d’envoi ce jeudi 9 juillet en direct sur M6 en France pour ce qui va sans aucun doute être un record d’audience de cette Coupe du monde. Au Maroc, la SNRT et beIN Sports MENA se partagent la diffusion. De l’autre côté de la frontière fermée, des millions d’Algériens regarderont aussi. Beaucoup savent déjà pour qui.




