Fin d’une époque

Fin d’une institution sénégalaise. Le Metissacana, le plus ancien cybercafé d’Afrique de l’Ouest, a décidé de cesser ses activités Internet au Sénégal. Réponse à une concurrence irrégulière de la Sonatel selon les gérants. Fin d’une époque selon d’autres.

Le Metissacana, le plus vieux cybercafé d’Afrique de l’Ouest, créé à Dakar en 1996, est sur le point de fermer ses portes. Michel Mavros et Oumou Sy, ses deux gérants, ont annoncé hier, lundi 20 mai, leur décision de cesser toutes leurs activités Internet au Sénégal. Raison invoquée? La stratégie de monopole et de concurrence déloyale menée par la Sonatel depuis son rachat par France Télécom et sa privatisation.

Leur site n’a, quant à lui, pas attendu cette annonce officielle. Depuis plusieurs jours déjà, tous les sites qu’il héberge sont inaccessibles aux internautes. Provisoirement, tient-on toutefois à préciser au Metissacana. Quant aux comptes e-mails des abonnés et des quelque 9 000 détenteurs d’adresse gratuite, ils sont les seuls à ne pas être affectés. Et continuent à être consultables par le biais d’Outlook express.

Les temps changent

Cette fermeture n’a rien d’anecdotique. Car avec le Metissacana, c’est un peu une institution qui disparaît en Afrique. A la fois fournisseur d’accès et prestataire de services, comptant près de 12 000 abonnés, le Metissacana a longtemps été le principal serveur au Sénégal avec la société publique Telecom Plus.  » Metissacana est aujourd’hui devenu une société peu rentable. Mais on oublie qu’elle a énormément contribué au développement des nouvelles technologies en Afrique « , déclare Oumou Sy, visiblement écoeurée par cette affaire. Elle n’en dira pas plus. Dans l’attente des conseils de son avocat.

Mais pendant que Oumou Sy s’insurge contre la Sonatel et affirme ne plus pouvoir compter sur l’Etat sénégalais dans ses activités, d’autres se montrent plus réservés. Au service culturel du Soleil, on rappelle que les ennuis financiers d’Oumou Sy ne datent pas d’hier et s’étendent à toutes ses activités. En février 2001, les lignes du cybercafé ont été coupées suite à un arriéré de paiement de 30 millions de Fcfa à la Sonatel. Et à la fin de cette même année, la condamnation d’Oumou Sy pour complicité de proxénétisme dans l’affaire des 100 mannequins a beaucoup nui à sa crédibilité internationale. Au point de la contraindre en 2002 à annuler son défilé de mode annuel, faute de moyens.

Mais plus généralement, on constate surtout qu’avec le développement des cybercafés à chaque coin de rue proposant tous l’heure de connexion à moins d’un euro, le Metissacana ne marchait plus comme avant. Victime avant tout de la concurrence des autres cybercafés, dont aucun ne s’est pour l’instant associé à l’indignation d’Oumou Sy. Et du succès d’un mouvement qu’il a lui-même lancé. Triste ironie du sort.