Festival Panafricain de Cannes : la plateforme du cinéma panafricain

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La 10ème édition du Festival Panafricain de Cannes a ouvert ses portes mercredi, et ce, jusqu’au 22 avril. L’évènement créé en 2004 permet à tous les amoureux du septième art, issus de l’Afrique, de la diaspora, mais aussi du monde entier, de présenter leurs films, très peu médiatisés sur la scène internationale. Entretien avec Basile Ngangue Ebelle, à l’initiative du projet.

Il aura fallu longuement insister pour qu’il accepte de donner le nom pays d’où il est originaire. Le Franco-camerounais Basile Ngangue Ebelle, 48 ans, fondateur du Festival Panafricain, est un panafricaniste convaincu. Voilà dix ans que l’homme qui se définit comme Français et Africain porte son projet. L’objectif ? le faire grandir encore plus. Pour cet amoureux du septième art, il est primordial que les films panafricains soient mis à l’honneur dans la ville de Canne, l’une des capitales internationales du cinéma, prônant leur richesse et originalité. En dehors du cinéma, ce Festival est, selon lui, un véritable lieu de rencontre et d’échange entre le public et les professionnels de l’industrie cinématographique. Plus qu’un cinéphile, Basile Ngangue Ebelle est aussi un homme d’expérience dans l’univers du septième art. Il a réalisé plusieurs documentaires.

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Afrik.com : Comment est né le Festival Panafricain de Cannes ?

Basile Ngangue Ebelle :
Il est né à un moment donné où le cinéma panafricain avait besoin d’exister. On a besoin de voir des films originaires d’Afrique ou encore réalisés par la diaspora. Mais pas seulement. Les films présentés lors de ce festival peuvent être réalisés par des réalisateurs du monde entier même s’il faut qu’il y ait des acteurs africains et que l’environnement lié à l’Afrique soit respecté. Le Festival Panafricain est avant tout une plateforme extraordinaire de rencontres de professionnels avec le grand public.

Afrik.com : Quel est votre objectif à travers ce projet ?

Basile Ngangue Ebelle :
L’objectif de ce Festival est d’être au service de l’industrie cinématographique. Je suis un cinéphile. Comme beaucoup de gens, j’ai grandi en Afrique à une époque où il y avait des salles de cinéma dans chaque quartier. Je suis avant tout un citoyen du monde. Je voulais faire découvrir les films panafricains et les faire partager tout simplement. C’est un acte citoyen. L’objectif est aussi d’aller à la rencontre de ceux qui ont envie de participer au développement du cinéma africain. Montrer la créativité cinématographique africaine qui est très riche. Et je pense qu’il faut que je chacun mette la main à la patte pour la développer.

Afrik.com : Quels types de films peut-on trouver dans votre festival ?

Basile Ngangue Ebelle :
On peut y trouver tous les genres cinématographiques, tels que les policiers, drames, comédies, animations… Il y aussi des courts métrages, des documentaires. On dispose vraiment de tous les genres de films dans la grille de programmation. Nous sommes dans la ville internationale du cinéma. C’est important que tous ces films soient représentés. D’ailleurs, tout le monde y trouve sa place. On a notamment une réalisatrice originaire du Bénin qui vit au Québec. Elle a réalisé un véritable chef-d’œuvre. A la fin du parcours, nous avons bien évidemment un jury, composé de grands professionnels, tels qu’Henri Henriol, qui remettra un prix à la meilleure production. Nous aurons la chance de côtoyer tout ce monde. Il y a une belle dynamique et une belle énergie.

Afrik.com : Qu’est ce qui fait l’originalité des films panafricains ?

Basile Ngangue Ebelle :
Leur originalité, c’est d’être des films invisibles. C’est-à-dire des films non médiatisés. Qu’on ne trouve pas sur le marché. De plus, nous travaillons sur le fond et posons des actes pour que ces films soient appréciés. Ils sont aussi originaux dans la façon dont ils sont tournés et montés. Le cinéma est aussi une façon de montrer sa culture et de la vivre à travers des films. C’est ce que nous faisons.

Afrik.com : Selon vous, pourquoi le cinéma africain peine à s’imposer sur la scène internationale ?

Basile Ngangue Ebelle :
Il faut, je pense, une dynamique entrepreneuriale et une envie de créer en Afrique. L’exemple nigérian est criant. Les Nigérians ont réalisé des films pour plaire aux Africains et non aux occidentaux. Ce qui n’est pas du tout le cas dans le monde francophone, qui a aussi de grands réalisateurs. Mais ces derniers ont créé des films pour plaire à une forme d’industrie. La question du manque de financement n’est pas le plus grand problème des films africains. La preuve, les films nigérians ont été financés par des hommes d’affaires et non par des subventions étatiques. Le problème est que certains africains n’osent pas créer car ils vivent par procuration. Au final, ils ne s’expriment plus.