« Femmes du Caire » : Les mille et un drames

Femmes du Caire. Un scénario inattendu ! On aurait tendance à s’imaginer un film où le rôle de la femme est limité, sans aucun pouvoir. En bref, une exagération des clichés qui rôdent autour des femmes du monde arabe. Eh bien ce n’est pas vraiment le cas. Ou presque… Dans le film deux mondes s’opposent. Et certaines refusent de se laisser marcher dessus, allant jusqu’à se rebeller de manière violente. Quitte à en payer le prix fort. Erotisme, drame, trash ou encore humour sont les mots clés du scénario.

Yousry Nasrallah, le réalisateur, frappe fort. Là où on ne l’attendait pas. Pour un film arabe, on s’étonne de voir des scènes aussi poussées comme celle d’un couple qui fait l’amour par exemple. Et encore, certaines d’entre elles ont été coupées. Dans la version intégrale on y aperçoit une femme qui avorte. Carrément, on assiste à l’extraction du foetus. Nasrallah a tout simplement pioché son inspiration au sein d’une réalité… Dans ce film égyptien réalisé en 2009, on retrouve fantaisie et pétulance. Une comédie à l’américaine dans laquelle les femmes cherchent à contrôler leur vie. L’héroïne du film est Hebba (Mona Zaki). Elle joue le rôle d’une journaliste snob et bourgeoise, non sans une pointe d’humour, qui anime un talk-show à une heure de grande écoute. Son époux occupe un poste dans une feuille gouvernementale où il brigue le poste d’éditeur en chef.

Epanouie dans l’opulence occidentale qui est la sienne, une rencontre va la conduire à s’aventurer dans les quartiers populaires du Caire. Elle y découvre la galère. La galère que vivent certaines femmes. Des histoires surprenantes. C’est décidé ! Ses prochaines émissions seront consacrées à ces femmes aux témoignages poignants. Un défilé d’histoires dramatiques, drôles, émouvantes voire même glauques, s’organise dans son talk-show. C’est un succès. Son mari, dont les employeurs suivent de très près l’émission, la félicite. Puis, arrive le jour où l’une de ses invitées s’aventure dans un discours jugé trop « politique ». On s’aperçoit qu’en fait tout est lié à la politique. Parler du statut de la femme à la télévision est politique. Ce qui ne plait pas du tout à Monsieur qui voit ses ambitions professionnelles s’éloigner au fur et à mesure que sont diffusées les émissions. Ses supérieurs lui font comprendre qu’Hebba et ses invitées parlent trop. Beaucoup trop ! Enfin, arrive le jour où l’irréparable se produit. Hebba est contrainte d’interrompre brusquement son programme. Elle doit intervenir dans son propre direct pour raconter un drame, le sien. Elle deviendra, malgré elle, l’invitée de son émission.

Il est vrai que les Egyptiens, à la différence d’autres pays arabes, ont plus de facilité à dévoiler des scènes érotiques dans les films, comme on en trouve dans celui de Nasrallah. En Egypte, le parti des Frères musulmans est en passe de gagner les élections législatives. A la sortie du film, les islamistes avaient réclamé l’interdiction de sa diffusion. Qu’adviendra-t-il désormais des prochains films du même genre ?

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