Eyadéma Président

Clamons-le haut et fort, l’opposition togolaise ne peut s’en prendre qu’à elle-même quant à la réélection de Gnassimbé Eyadéma à la tête du pays. Et tandis que le général jubile derrière ses éternelles lunettes noires, les Togolais remisent au placard leurs espoirs poussiéreux qu’ils avaient, trop tôt, sorti de la naphtaline.

Oubliez le quinquennat ou le septennat, Eyadéma place la barre plus haut en inventant le  » quadradécatennat « . Qui dit mieux ? Alors à qui la faute ? La France est, il ne faut pas se le cacher, l’une des pièces maîtresses d’un puzzle politique pour enfant de 5 ans. Mais il serait trop facile de jeter la pierre à la diplomatie française qui, de toute évidence, ne souhaitait pas un changement de régime au Togo.

Le secret de l’incroyable longévité du général est ailleurs. Il réside moins dans la finesse politique du bonhomme que dans l’incurie totale et absurde d’une opposition complice. Un pour tous et chacun pour soi. Qu’espéraient-ils vraiment en se présentant chacun face à Eyadéma dans un scrutin présidentiel à un tour ? Une cacophonie et un morcellement des forces en présence qui ont assurément joué le jeu du maître de Lomé.

Que Gilchrist Olympio soit écarté de la course à la présidence par un sordide vice de forme n’a gêné aucun des ténors de l’opposition qui se sont abstenus de tout commentaire. Silence radio. Que faut-il en déduire sinon qu’ils étaient ravis de voir disparaître un homme qui leur aurait fait un peu trop d’ombre. Le seul qui ait véritablement une aura internationale.

Que dire de l’attitude irresponsable d’une opposition fantoche et désunie dans le cadre de la Coalition des forces démocratiques (CFD), regroupant huit principaux partis d’opposition et censée désigner un candidat unique pour les élections ? Une sombre blague qui ne fait rire qu’Eyadéma. Nommé président de la CFD, Gilchrist Olympio a claqué la porte au bout de 48 heures. Déchirements et rivalités. Il eut peut être mieux fallu qu’ils tirent leur poulain présidentiel à la courte paille. Résultat : six candidats face au grand monarque. L’union fait la force mais la force, pour Eyadéma, est dans la désunion.

Stratégie de quatre sous à l’attention de l’opposition togolaise si elle veut vraiment que les choses changent : il faut négocier avec Paris. Seul capable de faire la pluie et le beau temps dans le pays et de déboulonner, demain même si l’Elysée le désire, l’éternel président. Mais il convient avant tout de parler d’une seule voix. Forte et intelligible.