Eyadema, maître absolu de Lomé

Le 36ème Sommet ordinaire de l’OUA se tiendra du 10 au 12 juillet en terre togolaise . C’est l’occasion de nous intéresser à son président qui jusqu’ici n’a pas fait du Togo un exemple de démocratie.

Le président togolais, le Général Etienne Gnassingbè Eyadema accueillera ses homologues africains du 10 au 12 juillet dans le cadre du 36é sommet de l’OUA. Ce sommet est déjà passablement controversé. L’opinion publique estime qu’il ne constitue pas une priorité compte tenu de la situation politique du pays. De plus, les liens supposés d’Eyadema avec L’UNITA angolais ont entraîné le boycott du sommet par la Namibie et l’Angola. La Côte d’Ivoire, en dépit de son poids politique a été elle exclue de la rencontre compte tenu du coup d’Etat de décembre dernier. Ce rassemblement du fait de son ordre du jour -instabilité politique, famine dans la corne de l’Afrique semble pourtant déterminant pour l’avenir du continent.

Le Général serait né vers 1936 et s’engage dans l’armée coloniale à l’âge de 18 ans. Présent sur les fronts algériens et vietnamiens, il n’aura pas été particulièrement promu en 10 ans de carrière (1953-1963) à l’instar de ses homologues béninois et centrafricain (Kérékou et Bokassa). Il finira sergent-chef et c’est en tant qu’adjudant-chef qu’il se vantera d’avoir assassiné Sylvanus Olympio qui aurait refusé de lui obéir. On ne lui connaît qu’un demi-frère tué pendant le siège de la primature en 1991. Son père aurait été battu à mort par les autorités coloniales. Sa mère quant à elle a été l’objet d’un véritable culte de la personnalité de son vivant.

Un peuple et un pays sacrifiés sur l’autel du pouvoir

Le président togolais est à la tête d’un parti, le RPT (Rassemblement pour le peuple togolais) dont il est président – fondateur. Il a la haute main sur la justice et les forces de sécurité. Celles-ci effectuent des arrestations, des détentions et des exécutions arbitraires. Et ce sans que le gouvernement n’enquête, ni ne sanctionne les responsables.

Les évènements du 16 août 1998, relatés par un rapport de 1999 de la FIDH (Fédération internationale de la ligue des droits de l’Homme), en sont une bonne illustration. Evènements qui sont consécutifs au mécontentement post-électoral exprimé en autre par la journée  » Togo-pays mort « .

Au cours de la journée du 16 août donc, des attaques sont perpétrées contre des responsables de l’UFC et du PDR (partis politiques togolais de l’opposition). Ce rapport mentionne aussi l’exécution de civils. Ainsi, dans la nuit du 28 au 29 août 1998, le nommé Liman Doumongue, secrétaire général du Syndicat de base de Togopharma, est assassiné à son domicile. Le 10 octobre au lieu dit Bè-Kpota à Lomé, Adama -Tassa Tetevi Amédée est tué par un groupe d’hommes en tenue militaire. Selon ce même rapport  » le très influent ministre de l’Intérieur et de la Sécurité «  reconnaîtrait  » l’existence d’exécutions extrajudiciaires perpétrées par des groupes spécialisés «  tout en affirmant ignorer  » si ces tueurs sont mis en action par le pouvoir politique en place ou par l’opposition . »

La liberté de la presse est bafouée et l’emprisonnement est souvent utilisé comme moyen de répression des journalistes et des opposants. Le même rapport de 1999 du FIDH sur le Togo, rapporte que M. Mewenemesse A. Esso-We, directeur du journal « La Dépêche » à la suite d’un article dans lequel il accusait des éléments des forces armées togolaises d’être en partie responsables du climat d’insécurité qui règne sur une bonne partie du pays, a été en 1998 écroué à la prison civile de Lomé.

Un passé politique tourmenté

Depuis 1967, date du putsch militaire d’Eyadema, le Togo vit dans un équilibre politique précaire. La mauvaise conjoncture économique des années 1985 a entraîné une série de répressions massives qui occasionneront l’exode d’environ 300 000 personnes, vers le Bénin entre autres. En juillet 1991, une conférence nationale supposée souveraine est organisée. Un coup de force de l’armée mettra rapidement fin à la période transitoire lancée par la conférence . Le Général est rétabli dans ses prérogatives. Les accords de Ouagadougou du 11 juillet 1993 entre l’opposition et le gouvernement en place permettent de fixer les élections au 25 juillet. C’est, de l’avis de tous, une mascarade qui voit la victoire du président Eyadema. Il en sera de même pour le scrutin présidentiel de 1998.

C’est un président Eyadema qui s’assure le pouvoir – notamment – en tuant et en terrorisant, qui aura pendant un an l’honneur de présider aux destinées de l’organisation panafricaine.