Exportations de matières premières : l’heure du Sénégal a-t-elle sonné ?

Le Sénégal a lancé, la semaine dernière, le plus ambitieux projet minier de l’histoire du pays. Les autorités ont confié l’exploitation de l’or à deux entreprises étrangères. Les carrières de marbre reviennent aux nationaux, tandis que le fer reste encore en discussion. Les retombées économiques devraient profiter aux populations des localités avoisinantes des différents sites.

De notre correspondant Mamadou Mbengue

Le Sénégal veut figurer dans le club des pays exportateurs de matières premières. Les autorités ont, en effet, annoncé en grande pompe la semaine dernière, l’arrivée de deux grandes firmes étrangères : la MDL (Mining Development Lease, une société australienne, filiale d’Anglo -American) et Oromine (Saudo-canadienne). Elles devront démarrer, dans neuf mois, les travaux d’exploitation des mines d’or de Sabadola (sud-est). A coté de ces grandes multinationales, trois autres grands groupes à capitaux privés nationaux seront chargés d’exploiter le marbre de kédougou. Avec les retombées de cette manne financière, un vaste programme social est prévu au profit des habitants des localités des sites. Une autre exploitation du fer vient compléter le plus grand projet minier de l’histoire du pays.

Neuf mois pour les premiers lingots d’or

Après les phosphates, l’hôtellerie, la pêche, et le télé-service, ce sera donc bientôt à l’or, au marbre et au fer de renforcer la compétitivité de l’économie du pays. L’ancien ministre des mines du Sénégal, ingénieur géophysicien redevenu plus tard, Premier ministre avait élaboré un code minier jugé plus attractif dans le but d’attirer de potentiels investisseurs. C’est aujourd’hui chose faite. Le pays commence à tirer profit des fruits de sa réforme politique. La MDL est devenue adjudicataire de l’exploitation de l’or, sur un périmètre de 20 km2 à Sabadola (sud-est) sur un site dont le gisement est estimé entre 15 a 17 tonnes.

Après avoir raflé la mise devant ses concurrents suite à un appel d’offres et bénéficié d’un permis de service, la société australienne aurait présenté 8 millions de dollars (4, 159 milliards FCFA) pour sa licence d’exploitation. L’état Sénégalais devrait bénéficier de 10 milliards à titre d’un remboursement pour des investissements consentis pour la précédente société d’exploitation et de 40 % des parts de la MDL. Et ce sans compter les 6,5 dollars sur chaque once d’or vendue. Selon Madicke Niang, le ministre sénégalais des Mines, une enveloppe de 500.000 dollars est prévue pour un vaste programme d’investissements (routes, écoles, dispensaires) au bénéfice des habitants des différentes localités.

Oromine gagne pour sa part la prospection et l’exploitation de l’or dans un périmètre de 230 km2 pour un budget initial de huit millions de dollars. Une concession d’une durée de 22 mois. La société devra présenter sa découverte de gisement commercialisable dans les dix premiers mois. A noter aussi que 35% des actions seront détenus par des nationaux alors que l’état percevra 6,5 dollars par once d’or vendue.

Le marbre aux nationaux, le fer en discussion

Dans la même région, se trouve également de bonnes réserves de marbre. Trois sociétés aux capitaux sénégalais ont été désignées pour cette exploitation. Snmdp, Segimare et Colimare auront la tache d’extraire du marbre de Kedougou, estimé plus d’un million de tonnes. Elles ont un délai de trois semaines pour d’éventuelles discussions et de neuf mois pour le démarrage de leurs activités.

Le dernier volet de ce projet minier est celui du fer. Selon le porte parole du gouvernement, un travail de la réactualisation des études de mise en œuvre de toute la chaîne d’exploitation suit son cours normal. La société des mines de fer du Sénégal oriental (Miferso) a déjà trouvé un opérateur minier qui a déjà signé. Il ne reste qu’à désigner un opérateur ferroviaire et un autre portuaire. Une ligne de chemin de fer, d’une longueur de 311 km, devrant relier le site de la mine du fer à la ville de Tambacounda (est) est prévue pour l’acheminement du minerai vers Dakar. Et ce avant que le projet du chef de l’Etat de doter le Sénégal d’un port minéralier à Bargny (environ 20km de Dakar) aboutisse.