Exclusif – Hery Rajao : « Ma priorité est le sort des 20 millions de Malgaches « 

Ancien ministre des Finances, Hery Rajaonarimampianina a remporté la Présidentielle malgache avec 53,50% des voix contre 46,50% à Jean-Louis Robinson, selon les résultats publiés par la Commission électorale nationale. En attendant son investiture, il a accordé à Afrik.com un entretien exclusif. Il confie ses ambitions pour Madagascar.

Afrik.com : Comment vivez-vous votre victoire à la Présidentielle ?

Hery Rajao :
Je la vis de manière très sereine. Nous avons les résultats de la Cour électorale nationale qui me donnent vainqueur. La Cour électorale spéciale, qui s’est prononcée ce 15 janvier, a également confirmé ma victoire. J’en suis heureux. Je suis un légaliste. Pour moi, il était important d’attendre la confirmation de la CES.

Afrik.com : Votre adversaire Jean-Louis Robinson et d’autres partis d’opposition ont dénoncé des fraudes et avaient déposé des recours auprès de la CES. Ne craigniez-vous pas que la CES invalide les premiers résultats ?

Hery Rajao :
Non, je n’était pas inquiet parce qu’on a pu suivre l’élection à travers le monde entier. L’écart est tout de même de 7% ce qui est énorme, car ça représente près de 300 000 voix. La population a fait son choix. Il faut le respecter. Je regrette d’ailleurs que Jean-Louis Robinson réagisse de cette façon, car la communauté internationale était présente lors des élections et durant tout le processus du scrutin. Elle a donné son avis en certifiant que les élections ont été libres et transparentes donc à partir de cela, je ne vois pas où est le problème. Si Jean-Louis Robinson a des preuves de fraudes, qu’il le prouve. En tous cas, les observateurs internationaux, eux, n’ont pas fait état de fraudes.

Afrik.com : Cela ne vous gêne pas d’être élu avec seulement 50% des votants qui se sont rendus aux urnes ?

Hery Rajao :
Non pas dut tout, même s’il est vrai que le taux de participation du second tour a diminué par rapport au premier. Mais au moins, plus de la moitié de la population des votants ont voté, ce qui n’est pas rien. Nous ne nous attendions pas à ce que le taux de participation soit élevé. A Madagascar, le taux de participation a toujours été faible.

Afrik.com : La lassitude semble s’installer cher les Malgaches dont les politiques n’ont jamais su répondre à leurs attentes depuis près de 50 ans. Maintenant que vous êtes à la tête du pays, quel message leur adressez-vous pour les rassurer ?

Hery Rajao :
Le message que je leur adresse est de rester calme et serein après l’annonce des résultats définitifs. J’appelle tout le monde à la réconciliation nationale pour que le pays soit stable et aille de l’avant.

Afrik.com : Lors de votre dernière interview accordée à Afrik.com, une semaine avant votre élection à la tête du pays, vous disiez que votre priorité serait de lutter contre la pauvreté. Comment comptez-vous concrètement atteindre cet objectif ?

Hery Rajao :
Le pays a vécu 50 ans de pauvreté. Ce qui est paradoxal d’ailleurs, dans la mesure où Madagascar est un pays qui regorge de ressources naturelles, terrestres, forestières, et marines. Madagascar dispose aussi d’une forêt dense. La lutte contre la pauvreté sera d’abord économique.

Afrik.com :C’est-à-dire ?

Hery Rajao :
J’ai un plan, mais je ne vais pas vous le détailler tout de suite, il concerne tous les secteurs. Avant tout, je pense déjà que la première chose à faire pour qu’on puisse lutter contre la pauvreté c’est de rétablir la confiance entre les Malgaches et leurs dirigeants. La politique a pris beaucoup trop de place à Madagascar. Il faut maintenant mettre en place un Etat de droit pour lutter contre les crises et injustices dans le pays.

Afrik.com : Quelle sera la configuration de votre équipe gouvernementale ?

Hery Rajao :
Je suis en train de réfléchir à tout cela. Mais une chose est sûre, il s’agira d’un gouvernement d’ouverture.

Afrik.com : Si Jean-Louis Robinson souhaite participer à ce gouvernement accepteriez-vous de le laisser y prendre part ?

Hery Rajao :
Pourquoi pas. J’y réfléchirai longuement en tous cas.

Afrik.com : Que va devenir le Président sortant, Andry Rajoelina, qui vous a soutenu ? Le nommerez-vous au sein de votre gouvernement ?

Hery Rajao :
Sincèrement, je ne sais pas. Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. D’après ce qu’il a annoncé, il va se mettre en retrait et me laisser tranquillement travailler. En ce qui me concerne, j’ai toujours prôné l’ouverture. J’appelle donc tout le monde à m’appuyer pour reconstruire le pays.

Afrik.com : Andry Rajoelina n’a jamais permis à Marc Ravalomanana de rentrer à Madagascar. Lui permettrez-vous de revenir, sachant que votre adversaire Jean-Louis Robinson s’était engagé à le faire s’il était élu ?

Hery Rajao :
Si Jean-Louis s’était engagé à le faire revenir, cela n’engage que lui. Moi en ce qui me concerne, j’ai d’autres priorités. Il y a 20 millions de Malgaches qui se débattent dans la pauvreté. Ma priorité est le sort de ces 20 millions de Malgaches. D’ailleurs, ce qui m’étonne avec vous les journalistes, c’est que vous évoquez constamment Marc Ravalomanana, alors qu’il n’a pas contribué à mon élection et rien apporté à Madagascar (il est agacé). Déjà même en Afrique du Sud, il a des soucis avec la justice qui l’accuse de corruption. Je le répète encore une fois ma priorité, c’est le sort des 20 millions de Malgaches. Je pense que ces Malgaches espèrent beaucoup de nous pour leur avenir.