Élections en Éthiopie : des législatives sous tension, Abiy Ahmed en route vers un troisième mandat


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Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien
Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed

Lundi 1er juin, plus de 50 millions d’Éthiopiens sont appelés aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement fédéral et dans les assemblées régionales. Le scrutin doit ouvrir la voie à une nouvelle reconduction du Premier ministre Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018, dans un pays marqué par les conflits internes, la défiance politique et le net recul des libertés publiques.

À Addis-Abeba, la campagne électorale a manqué d’ouverture. Le Parti de la prospérité, la formation de l’ancin prix Nobel de la paix Abiy Ahmed, est donné largement favori face à une opposition affaiblie, divisée et peu implantée hors de ses bastions locaux. En 2021, le parti au pouvoir avait déjà raflé 410 des 484 sièges attribués au Parlement fédéral.

Le Parti de la prospérité d’Abiy Ahmed grand favori

La Commission électorale nationale d’Éthiopie (NEBE) affirme que 47 partis ont enregistré au total 10 934 candidats (2 198 pour la Chambre des représentants du peuple et 8 736 pour les conseils régionaux). Toutefois, l’institut Chatham House estime que l’élection du 1er juin devrait être « parmi les moins concurrentielles » depuis l’introduction du multipartisme en 1991, en raison de l’absence ou de la marginalisation de plusieurs forces d’opposition.

Le contraste est saisissant avec l’année 2018. À son arrivée au pouvoir, Abiy Ahmed avait été salué pour la libération de journalistes et de prisonniers politiques. Son prix Nobel de la paix, reçu en 2019 après le rapprochement avec l’Érythrée, avait scellé cette image de réformateur. Depuis, le climat s’est lourdement durci : les ONG et les défenseurs des droits humains dénoncent des vagues d’arrestations dans les médias et un rétrécissement drastique de l’espace civique.

Dans le classement 2026 de Reporters sans frontières, l’Éthiopie figure désormais au 148e rang sur 180, en baisse de trois places par rapport à l’année précédente.

Tigré, Amhara, Oromia : des élections impossibles dans plusieurs régions

Le contexte sécuritaire hypothèque la crédibilité du vote. Les élections ne se tiendront pas au Tigré, région ravagée par la guerre de 2020-2022, la commission électorale ayant invoqué des « conditions défavorables ». Dans l’Amhara, au moins huit circonscriptions sur 138 sont également exclues du scrutin.

Dans cette région, la milice Fano contrôle toujours de vastes zones rurales depuis 2023, tandis que l’Oromia reste le théâtre d’affrontements entre forces fédérales et groupes armés. Au Tigré, si l’accord de paix de Pretoria signé en 2022 a mis fin aux combats de grande ampleur, les tensions entre les autorités fédérales et le TPLF se sont ravivées ces derniers mois, faisant craindre une nouvelle déstabilisation.

Le bilan humain de la guerre du Tigré reste difficile à chiffrer. Des chercheurs évoquent plusieurs centaines de milliers de morts, tandis que l’ancien médiateur de l’Union africaine, Olusegun Obasanjo, a avancé le chiffre d’environ 600 000 victimes. Des millions de déplacés internes ne pourront pas non plus voter.

Face aux critiques, les autorités mettent en avant l’ampleur du dispositif : débats télévisés, accréditations délivrées à 55 organisations de la société civile, et déploiement d’une mission de l’Union africaine composée de 73 observateurs. Des garanties jugées dérisoires par l’opposition face aux restrictions politiques et militaires.

Sur le plan économique, le gouvernement fait campagne sur les chiffres de la croissance, tablant sur une expansion de 10,2 % pour l’exercice 2025-2026. Une trajectoire qui reste toutefois assombrie par une inflation galopante et le coût humanitaire des conflits. Les résultats officiels de ce scrutin sont attendus d’ici le 11 juin.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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