Djamel Bouras, un candidat embarrassant

Champion olympique 1998 de judo devenu « People » bavard sur les plateaux télés, Djamel Bouras s’est lancé en politique en s’engageant dans les législatives françaises aux côtés de François Bayrou. Les militants de l’UDF Modem ont tenté de faire rejeter sa candidature, en raison de prises de positions passées, notamment sur le port du voile, jugées incompatibles avec celles du parti, mais sans succès.

Les débuts de Djamel Bouras en politique n’auront pas été des plus simples. Le champion olympique 1998 de judo a été reçu par Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal durant les présidentielles françaises de mai dernier, mais parmi les trois poids lourds des élections, c’est auprès de François Bayrou qu’il s’est finalement engagé. Il est le candidat de l’UDF Modem dans la deuxième circonscription de Seine-Saint-Denis, dans les élections législatives françaises dont le premier tour a lieu ce dimanche 10 juin. Un grand malheur, selon une partie des militants de la formation politique.

Le sportif d’origine algérienne n’a pas attendu d’entrer en politique pour commencer à s’exprimer sur des questions d’actualité à chaque fois qu’il en a eu l’occasion. Et ses sorties médiatiques n’ont pas manqué de faire des remous. Aujourd’hui, nombre de membres de l’UDF Modem lui reprochent des prises de position passées, comme son soutien à l’humoriste Dieudonné, accusé d’antisémitisme, ou à la chaîne libanaise du Hezbollah Al Manar. Ils se souviennent également d’une manifestation organisée en janvier 2004 par le Parti des musulmans de France, où le candidat aux législatives a défilé contre la loi sur la laïcité qui prévoyait d’interdire le port du voile à l’école.

Même Corinne Lepage, qui préside Cap 21 et a rejoint François Bayrou pendant les présidentielles, a déclaré que « les positions de Djamel Bouras ne sont pas celles [qu’elle a] envie d’avoir, notamment sur la laïcité ». Quant à Patrick Klugman, vice-président de SOS Racisme, il voit dans Djamel Bouras une personne « structurée par le ressentiment ». Pas moins.

« Je n’étais pas pour le voile »

Dans une interview publiée mercredi par Le Parisien, le candidat Bouras répond que « ses prises de position ont été déformées (…) Sur le voile, par exemple : je n’étais pas pour le voile, j’étais contre l’exclusion qu’entraînait la loi sur la laïcité, explique-t-il. Mettre un foulard à une enfant ne me semble pas sérieux de la part des familles. Je ne voulais pas qu’elles soient en plus privées d’école. A ce moment-là, j’avais créé une association dont l’idée fondatrice était que l’ignorance engendre la crainte et que la crainte engendre la haine. »

« Il ne fait que se positionner sur le créneau de l’islamophobie et du ressentiment à l’égard des musulmans depuis le 11 septembre 2001 », avait déclaré en mai dernier le député maire de Seine-Saint-Denis, qui avait rencontré Djamel Bouras après les émeutes de novembre 2005 et qui l’a fait venir au Modem. Car, selon Jean-Christophe Lagarde, « les gens se disent qu’avec lui, non-professionnel de la politique investi dans des associations de jeunesses en banlieue, il peut y avoir un vrai changement ».

François Bayrou, le patron du Modem, a donné son point de vu sur le cas Bouras dans une Newsletter récente du CRIF, indique un blogger centriste : « Il me dit que toutes ces accusations sont fausses. J’ai tendance à le croire… Mais si c’est le cas j’aurai une explication et je prendrai les décisions nécessaires », y a-t-il expliqué. Olivier, le blogger, n’est pas si bienveillant. Il a mis en ligne le 25 mai dernier une pétition contre la candidature de l’ex judoka.

« J’ai eu de nombreux messages, explique-t-il, allant pour la plupart d’entre eux dans ce sens : « On est d’accord avec vous, mais Djamel Bouras a peut-être évolué… il ne faut pas créer une polémique, ça serait néfaste pour le parti ».»