Discorde autour d’un obélisque

L’affaire de l’obélisque d’Axoum n’en finit pas d’envenimer les relations italo-éthiopiennes. Ce monument du IIIème siècle avant Jésus-Christ, dérobé par Mussolini en 1937, aurait dû rejoindre sa terre natale en vertu d’accords signés par les deux pays. Des accords que Silvio Berlusconi refuse d’appliquer.

Les relations italo-éthiopiennes sont proches de la rupture. Le gouvernement italien s’était engagé dès 1947 à restituer l’obélisque d’Axoum, volé par Mussolini en 1937 lors de l’invasion de l’Ethiopie. Promesse renouvelée en 1997 par le président Scalfaro, qui estimait ce geste  » nécessaire « .Or force est de constater que 55 ans après la stèle funéraire du IIIème siècle avant Jésus-Christ se dresse toujours à Rome, à l’entrée du siège de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Et elle n’est pas prête d’en bouger, si l’on en croit Vittorio Sgarbi, secrétaire d’Etat à la Culture italien. Il a déclaré que l’obélisque était désormais un  » citoyen naturalisé  » et que  » les Ethiopiens devraient mesurer leur chance d’avoir une vitrine dans la ville éternelle du riche monde occidental.  » Une position appuyée par Silvio Berlusconi, qui vient de refuser de rencontrer son homologue éthiopien Meles Zenawi pour évoquer la question.

Les foudres de l’Ethiopie

Il n’en fallait pas plus pour exaspérer l’Ethiopie. D’autant qu’un nouvel épisode est venu aviver sa colère. Dans la nuit du 27 au 28 mai, la foudre s’est abattue sur le monument, endommageant gravement le sommet de l’édifice. Les députés éthiopiens viennent donc de voter une motion spéciale appelant à la restitution immédiate du monument. Et de prévenir le gouvernement italien que les relations entre les deux pays pourraient en être sérieusement affectées.

Ces menaces ne semblent pourtant pas impressionner l’Italie, qui compte bien tirer argument de la restauration de l’obélisque pour différer encore son retour. Et la marge de manoeuvre de l’Ethiopie demeure faible. L’Unesco, saisie de l’affaire, ne peut régler le différend que si les deux pays le lui soumettent. L’Ethiopie en appelle désormais à la communauté internationale pour qu’elle exerce une pression continue sur l’Italie. Seul moyen pour elle d’obtenir un jour la restitution de cet  » héritage non seulement de l’Ethiopie mais du peuple noir. «