Dialogue direct : la presse ivoirienne entre scepticisme et optimisme mesuré

L’initiative du chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, visant à instaurer un dialogue direct avec le leader des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion), Guillaume Soro, sous l’égide de son homologue burkinabé, Blaise Compaoré, a fait, cette semaine, la une de la quasi-totalité des titres de la presse abidjanaise. Les avis sont cependant nettement tranchés quant à son succès.

Sous le titre : « Dialogue direct, impasse directe », Le nouveau réveil, quotidien proche du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, l’ex-parti unique) enterre pratiquement l’initiative de M. Gbagbo avant qu’elle n’ait même démarré, en mettant notamment en cause la duplicité du chef de l’Etat.

« Comme le margouillat, il construit avec les pattes pour mieux détruire avec la queue. D’aucuns disent que c’est sa nature. Chassez le naturel, il revient toujours au galop. Le régime a germé et prospéré dans le grabuge. Il ne peut se défaire de son innéité », affirme Le Nouveau Réveil.

Et le journal de poursuivre : « les deux chefs des deux parties du pays parlent sans doute la même langue mais ont un langage différent. Ils n’ont pas la même vision de la paix. Et c’est bien là que réside la difficulté du médiateur du dialogue direct ». Il estime pour conclure, que le dialogue direct a toutes les chances de déboucher sur l’impasse directe.

Soir info se veut même plus catégorique : « Ce dialogue direct est une farce », écrit notamment, sans la moindre clause de style, l’un des fleurons, avec l’Inter, du groupe de presse Olympe, qui n’hésite d’ailleurs pas à qualifier ses deux protagonistes de « larrons ».

Pour sa part, son compère, l’Inter, croit savoir qu’en initiant le « dialogue direct » le président Gbagbo « prépare un coup » contre l’ex-rébellion et… la France qu’il considère comme son « véritable adversaire ».

« Le but final, c’est d’obtenir le départ pur et simple de la force Licorne du territoire ivoirien. Et c’est là que le dialogue direct joue un rôle important », soutient le journal qui, sans se prononcer sur l’issue des pourparlers, affirme que le président Gbagbo a finalement trouvé la stratégie « pour se débarrasser des forces impartiales qu’il a souvent vertement critiquées, sans toutefois demander de façon ouverte leur départ ».

« Ce dialogue qui passe par… Ouaga ! », titre le journal 24 heures, un autre quotidien indépendant, qui choisit le mode de l’ironie pour moquer M. Gbagbo et le camp présidentiel qui, après avoir longtemps dépeint le pays des hommes intègres comme « l’empire du Mal », sollicitent, toute honte bue, son président comme médiateur dans une crise dont on l’a publiquement accusé d’être le démoniaque inspirateur !

Le journal, qui affirme que désormais nul n’est dupe « face à un dirigeant (ndlr : Gbagbo) dont le monde entier reconnaît aujourd’hui le grand talent dans l’art de la roublardise », estime, en définitive, « que ce dialogue dit direct, qui s’accommode curieusement d’un « facilitateur » extérieur, est compromis avant d’avoir même commencé ! ».

Autre son de cloche du côté de la presse proche du camp présidentiel, où l’on fait preuve d’un optimisme relativement prudent quant aux chances de voir les thèses présidentielles l’emporter à l’issue des entretiens de Ouagadougou.

En faisant la « Météo… politique », l’éditorialiste du quotidien gouvernemental Fraternité note que l’optimisme a changé de camp, annonçant, selon lui, une éclaircie pour le président Gbagbo.

« Le beau temps semble avoir changé de camp. Laurent Gbagbo qui était critiqué et vomi pour avoir récusé la 1721 et osé proposer une alternative interne de sortie de crise, a aujourd’hui le vent en poupe. Il surfe en ce début d’année sur les succès diplomatiques et politiques. Le dialogue direct qu’il a proposé à Soro est clairement admis et encouragé par les différents parrains et signataires des accords de paix. La France et le GTI, hier encore si hargneux envers le président ivoirien, ont adopté le langage diplomatique. Finies les invectives, les injonctions incantatoires. Le bon ton est désormais de mise », estime notamment le journal, qui annonce : « après la pluie le beau temps » !

Un optimisme que partage allègrement Notre voie, quotidien proche du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), qui croit dur comme fer que les assises de la capitale burkinabé vont sortir la Côte d’Ivoire de l’ornière.

« Ainsi donc, le temps est en train de faire tranquillement son travail. Lentement, mais sûrement (méthode chinoise). Laurent Gbagbo, à la tête de la diplomatie ivoirienne, est en train de sortir son pays du trou dans lequel certains de ses pairs l’ont plongé. Avec le dialogue direct (…) il y a de fortes chances que le désarmement et la réunification du pays interviennent en février-mars et que les élections générales commencent en juillet comme l’a préconisé le chef de l’Etat », assure la bible des « refondateurs qui conclut, comme en guise de prière : « Dieu est grand » !

Par Moriba Magassouba Correspondant de la PANA Abidjan