Delphine Yoboué veut « réveiller le théâtre ivoirien »

La compagnie Siamois Expression, présidée par Delphine Yoboué, organise la première édition du Festival international du théâtre d’Abidjan (FITHA). Cet évènement se déroule jusqu’au 19 septembre à l’Allocodrome de Yopougon. Elle réunit des acteurs, des professionnels, des compagnies de plusieurs pays africains qui présentent leurs spectacles. Ce projet entend relancer le théâtre ivoirien délaissé par les autorités.

L’initiatrice du festival, Delphine Yoboué, est à la tête de la compagnie Siamois Expression. Après de nombreux voyages, elle a décidé d’organiser cet événement pour que les professionnels africains, notamment ivoiriens, puissent produire et vendre leurs créations, afin que le théâtre ivoirien retrouve une notoriété nationale et internationale. Ce festival abrite, du 14 au 19 septembre, des ateliers de formation et des spectacles qui ont lieu en fin de soirée. Il est animé par des acteurs professionnels du pays hôte et des pays voisins, le Bénin, le Togo et le Burkina Faso. Delphine Yoboué, passionnée de théâtre, souhaite que cet art redevienne une occupation importante pour les Ivoiriens et pour toute l’Afrique. Interview

Afrik.com : Pourquoi avez-vous créé le FITHA ?

Delphine Yoboué :
C’est un constat : en Côte d’ivoire, l’art vivant, le théâtre vivant, est en baisse, il est en train de mourir. J’ai mis en place à ma manière ce festival pour réveiller le théâtre ivoirien et créer une plateforme pour la circulation des spectacles ivoiriens.

Afrik.com : Quel est le rôle de la compagnie Siamois Expression dans ce festival ?

Delphine Yoboué :
Le rôle de la compagnie est d’organiser le festival avec moi à la tête. Elle s’est chargée d’organiser l’évènement.

Afrik.com : Quels en sont les temps forts ?

Delphine Yoboué :
Les ateliers de formations, les techniques de la mise en scène animés par un professionnel ivoirien, Assandé Flavien, et le jeu d’acteur animé par Alomo Ignass, un doyen du théâtre ivoirien. En dehors de ça, le soir, il y a les spectacles de théâtre de 18h30 jusqu’a 22h30. Puis, il y a des nuits de contes où on est installé au cœur de la sagesse.

Afrik.com : Quels seront les acteurs ivoiriens présents dans ce festival ? Gohou Michel et Jimmy Danger seront-ils là ?

Delphine Yoboué :
La compagnie Dia Koto, la compagnie Espoirs de Côte d’Ivoire avec des professionnels bien sûr, le Koro Koro théâtre de Yamoussoukro… Jimmy Danger et Gohou Michel ont assisté à l’ouverture du festival, ils sont actuellement présents.

Afrik.com : Pourquoi estimez-vous que le théâtre ivoirien connaît un déclin ?

Delphine Yoboué :
Il y a eu un moment où toutes nos scènes de théâtre ont commencé à se transformer en salles d’église. On n’a pas compris cette politique-là. Et ça fait qu’aujourd’hui, on n’a même plus de salles. Quand je pense qu’on avait une salle de spectacle à Yopougon, qui est devenue une salle d’église. On avait une salle de spectacle à Adjamé, qui est devenu une salle d’église…

Afrik.com : Pourquoi des salles de théâtre se sont transformées en salles d’église ?

Delphine Yoboué :
C’est ce qu’on ne comprend pas justement, et je pense que le ministre de la culture comprend nos peurs. Je l’ai rencontré personnellement, on a discuté. Je pense qu’on va entreprendre un nouveau combat pour avoir des lieux où produire nos spectacles. Autrefois, quand on créait, au moins on savait où aller se produire. Aujourd’hui, quand tu formes les jeunes, il faut qu’ils arrivent à se produire. Quand tu vas hors du pays pour un festival, lorsque tu reviens ici, il faut attendre un autre festival avant de pouvoir se produire.

Afrik.com : D’où vient ce mélange entre religion et théâtre ?

Delphine Yoboué :
il y a des salles qui ont été construites par des sociétés privées et peut- être que les gens n’ont pas mené une bonne politique pour les récupérer ou les acheter. Et comme les églises possèdent beaucoup d’argent, c’est facilement qu’elles récupèrent les locaux.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous choisi le Burkina Faso, le Bénin et le Togo en tant que pays partenaires pour ce festival ?

Delphine Yoboué :
Je suis à la première édition du festival, et on peut dire que c’est la passion qui nous amène à le faire parce que nous n’avons même pas de subventions. Donc pour cette première édition on a visé les pays voisins, et on espère pouvoir l’année prochaine élargir encore.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous demandé à John Ayité Dossavi, le président du Rapec, d’intervenir dans ce festival ?

Delphine Yoboué :
C’est parce qu’il représente le Réseau africain des entrepreneurs culturelles. Il faut qu’il nous enseigne sa démarche, ce message qu’il veut véhiculer sur le marché culturel africain. C’est pour ça qu’on a tenu à qu’il soit là, pour nous éclairer sur ces choses. Il est venu au festival, c’est l’une de mes satisfactions. Je suis heureuse qu’il soit là pour animer une conférence.

Afrik.com : Est-ce que il y aura une deuxième édition ?

Delphine Yoboué :
Mais bien sur ! Il y aura une deuxième édition, qui aura lieu l’année prochaine au mois de septembre à Abidjan.

Afrik.com : Vous, en tant qu’organisatrice, qu’attendez-vous de ce festival ?

Delphine Yoboué :
Depuis mardi, je suis satisfaite parce que l’ouverture a été vraiment au delà de ce que je voulais. Ça été vraiment grandiose. J’attends que ce festival grandisse pour que les Africains du monde entier arrivent à échanger avec la culture des autres.