Darfour : Steven Spielberg tourne le dos aux Jeux Olympiques de Pékin

Steven Spielberg a annoncé mardi qu’il mettait un terme à son rôle de conseiller artistique pour les Jeux Olympiques de 2008, organisés par la Chine. Le réalisateur à succès américain dénonce de cette façon l’appui que Pékin apporte au régime soudanais, qui, selon lui, « porte l’essentiel de la responsabilité des crimes en cours » au Darfour.

« J’ai décidé d’annoncer formellement la fin de mon engagement en tant que conseiller artistique étranger pour la cérémonie d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques de Pékin ». La décision de Steven Spielberg, qui en a surpris plus d’un, est un acte militant. Le réalisateur à succès américain refuse d’apporter son expertise à la Chine, où la compétition se tiendra du 8 au 24 août 2008, pour protester contre le soutien de l’Empire du Milieu au Soudan. Le gouvernement du pays est en guerre depuis 2003 contre des rebelles du Darfour, une province occidentale de son territoire où le conflit aurait fait quelque 200 000 morts et environ deux millions de réfugiés.

La Chine et le Soudan accusés

« A ce stade, a justifié Steven Spielberg dans un communiqué diffusé mardi, je ne veux pas consacrer mon temps et mon énergie aux cérémonies olympiques, mais à faire tout ce que je peux pour mettre un terme aux crimes innommables contre l’humanité qui continuent à être commis au Darfour. » Et de condamner les coupables dans cette guerre : « Le gouvernement du Soudan porte l’essentiel de la responsabilité des crimes en cours mais la communauté internationale, et en particulier la Chine, devrait en faire plus pour mettre un terme aux souffrances » des Darfouris.

« J’ai à plusieurs reprises encouragé le gouvernement chinois à user de son influence pour apporter la sécurité et la stabilité dans la région du Darfour », poursuit Steven Spielberg, dont la décision a été chaleureusement saluée par les rebelles du Mouvement de Libération du Soudan. Le réalisateur de la Liste de Schindler et d’E.T. a même écrit en avril au président chinois Hu Jintao pour dénoncer la position de Pékin dans la crise au Darfour. Le leader communiste lui a simplement opposé une fin de non-recevoir.

Des personnalités interpellent la Chine

Il faut dire que la Chine, qui risque de réagir vivement à l’annonce de Steven Spielberg, entretient des relations privilégiées avec le Soudan. Khartoum lui vend environ deux-tiers de son pétrole, en vertu de quoi Pékin protège son allié économique lorsque le Conseil de sécurité des Nations Unies veut lui imposer des sanctions. Une attitude fustigée par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme. L’américaine Human Rights Watch avertit même que « les entreprises sponsors olympiques mettent leur réputation en jeu » si elles restent passives devant les entorses aux droits de l’homme.

Mardi, juste avant la sortie de Steven Spielberg, plusieurs personnalités se sont mobilisées pour appeler au boycott des JO de la Chine si elle ne changeait pas de politique concernant le Soudan. Plusieurs prix Nobel – dont l’ancien archevêque sud-africain Desmond Tutu – des sportifs, des écrivains et des acteurs – dont l’ambassadrice itinérante de l’Unicef Mia Farrow – ont signé une lettre à l’attention du président chinois. Ils lui demandent de faire pression sur le Soudan afin de « contribuer à une paix juste au Darfour ».