Dangote Cement choisit Londres plutôt que Dubaï pour sa double cotation


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Déjà coté à Lagos, le géant nigérian du ciment prépare son arrivée à la Bourse de Londres. Mariya Dangote, administratrice de l’entreprise et fille de son fondateur Aliko Dangote, justifie ce choix par la rapidité des procédures britanniques par rapport à Dubaï. L’opération doit ouvrir le premier cimentier d’Afrique subsaharienne aux capitaux internationaux.

Dangote Cement se rapproche de la City. Le groupe cimentier nigérian, principale composante industrielle de l’empire fondé par Aliko Dangote, a choisi Londres pour sa future cotation internationale. L’entreprise restera négociée à la Nigerian Exchange de Lagos : il s’agit d’une cotation secondaire, destinée à rendre ses actions accessibles à un plus grand nombre d’investisseurs étrangers.

Le projet était officiellement à l’étude depuis le mois de mai. Les déclarations de Mariya Dangote, directrice exécutive du groupe pour les activités ciment et agroalimentaire et membre du conseil d’administration du cimentier, confirment la préférence accordée à la capitale britannique face à Dubaï.

Londres, un choix de rapidité

Dans un entretien accordé à Bloomberg à Lagos, Mariya Dangote a présenté ce choix comme une décision pratique. La place financière britannique est, selon elle, « compatible avec notre activité ». L’entreprise avait aussi envisagé Dubaï, mais les délais de réalisation y auraient été jugés trop longs. « Nous avions pensé à une cotation secondaire à Dubaï », a-t-elle expliqué, avant d’indiquer que le processus aurait pu prendre des années.

Le dossier n’est pas nouveau car une première tentative de cotation à Londres avait échoué en 2018, l’entreprise ayant alors rencontré plusieurs obstacles. Exigences réglementaires britanniques, conditions de marché et mobilisation financière liée à la construction de la raffinerie Dangote avaient contribué à repousser l’opération.

La récente réforme des règles de cotation au Royaume-Uni a changé la donne et les régulateurs britanniques ont révisé leurs exigences à la baisse afin d’attirer davantage d’introductions d’entreprises africaines. Londres cherche ainsi à redevenir attractive face à New York, Amsterdam ou Dubaï.

Une ouverture aux investisseurs internationaux

Dangote Cement avait informé la Nigerian Exchange, le 12 mai 2026, qu’elle se trouvait au stade préliminaire de l’examen d’une cotation secondaire à Londres, soumise aux autorisations réglementaires, aux conditions de marché et à la validation de ses modalités définitives. Une étape décisive a depuis été franchie : les actionnaires ont approuvé le projet lors de l’assemblée générale, où ils ont également ratifié un dividende final de 45 nairas par action au titre de l’exercice 2025 et validé la nomination de Mariya Dangote au conseil d’administration.

Selon Aliko Dangote, environ 10 % du capital seraient proposés à des investisseurs extérieurs. L’opération valoriserait la société autour de 13 milliards de dollars, sur la base de sa capitalisation à Lagos. Cette cotation doit élargir l’actionnariat du cimentier et renforcer son accès aux financements internationaux. Une présence à Londres offrirait davantage de visibilité auprès des grands fonds d’investissement et faciliterait de futures levées de capitaux en devises.

L’enjeu est stratégique pour une entreprise engagée dans une nouvelle phase d’expansion. Dangote Cement revendique une capacité installée d’environ 55 millions de tonnes par an et exploite des sites au Nigeria, d’où provient plus de la moitié de sa production, ainsi que dans dix autres pays africains dont la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud. En 2025, son chiffre d’affaires a atteint 4 306,7 milliards de nairas, en hausse de plus de 20 %.

La dynamique s’est poursuivie au premier trimestre 2026. Les revenus ont progressé de 20,4 %, à 1 198 milliards de nairas, et le bénéfice net a bondi de 53,5 % sur un an, à 321,1 milliards de nairas. Les volumes vendus ont augmenté de près de 14 %, portés par la reprise des ventes au Nigeria et sur les autres marchés africains.

Une vitrine africaine au cœur de la City

Pour Dangote, l’arrivée à Londres doit consacrer la transformation d’un champion nigérian en multinationale africaine capable de se mesurer aux grands groupes mondiaux de matériaux de construction. L’opération constituerait aussi un signal pour la place de Londres, qui peine depuis plusieurs années à attirer de grandes introductions, certaines entreprises technologiques et industrielles lui préférant les États-Unis. L’arrivée d’un groupe africain valorisé à plusieurs milliards de dollars lui offrirait une victoire symbolique autant que financière.

Elle illustrerait enfin l’évolution de la stratégie du conglomérat, qui cherche désormais à internationaliser son capital après avoir bâti son développement sur les marchés africains. D’autres opérations sont envisagées dans le raffinage, les engrais et les infrastructures, la raffinerie de Lagos, d’une capacité de 650 000 barils par jour, devant être cotée sur plusieurs places africaines.

Les autorisations définitives et la date de cotation restent à confirmer, mais le choix de Londres paraît arrêté.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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