Crise ivoirienne : la presse française accusée d’exagération

Le retour au calme semble acquis en Côte d’Ivoire. Ce début d’accalmie permet la réouverture de certains commerces et un retour progressif à la normale, malgré la fermeture de la majorité des écoles du pays. Ces derniers jours, marqués par les tensions entre les autorités françaises et la rue abidjanaise, ont vu le rapatriement de quelques 2 192 ressortissants français (selon le porte parole du quai d’Orsay), inquiets et marqués par les violences. En Côte d’Ivoire, des voix s’élèvent contre une dramatisation de la situation des expatriés français.

Cet article prend le contre-pied du précédent que nous avions écrit à partir de coupures de presse. Suite à certaines réflexions de lecteurs, nous avons retravaillé nous-mêmes le sujet et avons constaté que notre synthèse ne reflétait apparemment pas exactement la situation.

La presse française est accusée de faire preuve d’exagération dans le traitement du conflit ivoirien. La question du départ des ressortissants français de Côte d’Ivoire est au centre des critiques faites aux médias. Plusieurs sources sur place reconnaissent qu’il y a un sentiment anti-français, mais contre l’Etat français et sa politique. Ce que reconnaît également à demi-mot le Quai d’Orsay, qui précise qu’il s’agissait de départs volontaires et non d’évacuation, comme l’annoncent certains médias français.

Depuis mercredi, la France a entamé le rapatriement de ses ressortissants vivants en Côte d’Ivoire. Ces départs font suite à la dégradation de la situation dans le pays, mais répondent surtout au sentiment anti-français dont ont fait preuve certains Ivoiriens. En effet, en détruisant les avions Soukhoï de l’armée ivoirienne (après que le bombardement d’un camp français ait fait neuf morts), la France a déclenché l’hostilité de la population, qui lui a reproché de vouloir servir la rébellion. Manifestants et soldats français se sont opposés à Abidjan mardi, occasionnant le décès de huit personnes. Les Présidents Gbagbo et Chirac se sont tous deux exprimés en faveur d’un retour au calme, mais Paris s’est montré inquiet concernant le sort des Français de Côte d’Ivoire. Aucun Français n’est mort lors des récentes violences, a indiqué le porte-parole du ministère français des Affaires Etrangères, Hervé Ladsous, mais il a toutefois précisé que deux ressortissants français étaient portés disparus. Il a aussi confirmé qu’il y avait eu, « des cas de viols », sans toutefois préciser combien.

Départ volontaires et non évacuations

Trois avions, avec à leur bord 854 personnes, sont arrivés mercredi soir et dans la nuit de mercredi à jeudi et deux autres appareils ont atterri jeudi à Paris avec 800 personnes à bord, a rappelé M. Ladsous. Il a indiqué que des Français avaient également été évacués sur Lomé, Dakar, Cotonou, Accra et Madrid. Le Quai d’Orsay insiste sur l’aspect volontaire des départs, alors que la plupart des médias hexagonaux parlent d’« évacuations ». Selon le Pr. Dano Sébastien, ministre de la Réconciliation nationale, « les Ivoiriens ne s’en prennent pas aux Français, mais en veulent à l’Etat français à cause de ses liens ambigus avec la rebellion. D’ailleurs, il y a des Français qui manifestent leur opposition aux côtés des Ivoiriens ». Kossi Serge, un membre du ministère ivoirien des Affaires Etrangères, parle quant à lui de « montage médiatique destiné à tromper les populations, afin qu’elles voient la Côte d’Ivoire comme un pays hostile, alors que ce n’est pas le cas ».

Du côté de Paris, une source du quai d’Orsay, confirme que les Français qui ont quitté la Côte d’Ivoire l’ont fait de leur plein gré, et pour diverses raisons (difficultés en tous genres, traumatisme causé par le conflit,…). Cette source explique également le mauvais traitement des informations par la presse, qui, en utilisant le terme « évacuation », a suscité de vives polémiques dans l’Hexagone. A la Direction ivoirienne de la surveillance territoriale, on affirme même qu’il reste énormément de ressortissants français en Côte d’Ivoire, et que certains se sentent profondément ivoiriens et refusent de partir. Il en est même qui, une fois en France, songent déjà à repartir, assure-t-on.

Des excès dénoncés

Le ministre ivoirien de la Réconciliation Nationale reste optimiste en ce qui concerne la paix. « Marcoussis n’est pas compromis, et nous allons mener différentes actions pour promouvoir la paix. La France doit rester neutre et ne pas soutenir les rebelles. Il faudrait également moins de militaires français dans les rues d’Abidjan, cela serait de nature à calmer l’hostilité des populations ». Au sujet des pillages et de l’insécurité, il affirme « qu’il y a toujours des personnes qui profitent de ce genre de situation. On ne peut pas toujours prévoir les débordements et infiltrations (allusion aux 4 000 prisonniers évadés de la prison d’Abidjan). C’est sans doute cela qui explique qu’une minorité s’en soit pris à des Français ou à des intérêts français ».